Le coût d’une faillite

Les banques françaises n’ont pas trop tardé à communiquer sur leur exposition au risque grec. Mais elle ne l’ont pas fait avec le même degré de transparence. Or sur cette base, les chiffres ou éléments qualitatifs communiqués à ce jour ont du mal à coller avec le montant de l’exposition au risque grec.

Selon la Banque des Règlements Internationaux, l’exposition à la Grèce pour l’ensemble des banques se montait fin 2009 à 236 milliards d’euros. Sur ce total, 188,6 milliards sont détenus par des banques européennes. L’exposition des banques françaises est estimée entre 20 et 30 milliards d’euros, sans tenir compte de l’exposition directe de Crédit Agricole, à travers sa filiale Emporiki.

Crédit Agricole a indiqué un risque total de 850 millions d’euros. BNP Paribas et Natixis ont évoqué une « exposition très limitée ». Société Générale indique une « exposition limitée et gérable » – son exposition aux « PIGS » étant chiffrée à 13 milliards d’euros au total. Dexia a, seule, admis un risque significatif, sans le chiffrer. Il s’agit pour l’essentiel de communication au cas par cas (aucun communiqué spécifique sur les pages relations investisseurs des sites Internet des banques mentionnées).

Pour Pierre Flabbée, analyste chez Kepler Research, « ces indications semblent quelque peu contradictoires avec l’exposition de 20 à 30 milliards des banques françaises ».

Les experts d’Exane BNP Paribas l’écrivent d’une autre façon.

« Tout comme pour le subprime, nous savons que quelqu’un a de la dette grecque, mais nous ne savons pas qui. La plupart des banques assurent que leur exposition n’est pas significative, mais peut-on en être sûr ? N’était-il pas trop tentant pour résister à l’envie de gagner quelques points de rendement dans un environnement de faible taux? »

Certains investisseurs parlent d’une époque de « pain béni » pour les banques. Celles-ci peuvent emprunter de l’argent à un taux extrêmement faible auprès des banques centrales et investir cet argent dans des titres rapportant quelques points de pourcentage… en utilisant qui plus est l’effet de levier.

Une occasion en or pour récupérer une partie des pertes subies lors de la crise du subprime et après la faillite de Lehman, et qui explique pour partie les résultats faramineux publiés l’an dernier et qui devraient être encore de très bonne facture au cours du premier semestre 2010. Il reste que certaines banques ont peut-être été plus prudentes que d’autres, d’où l’actuelle volatilité des titres bancaires.

De son côté, Kepler s’est risqué à l’exercice du « test de résistance » (comme pour la crise des subprime), en envisageant une perte de 20% sur une exposition fictive de 5 milliards d’euros à la dette grecque, irlandaise et portugaise. Le courtier aboutit à une perte comprise entre 1% et 6% au niveau de l’actif net par action pour 2011.

« Malgré une amélioration attendue des résultats au 1er trimestre, on peut douter de la capacité de ces publications à recréer une dynamique de prix durable si la plupart des cas la crise de la dette publique persiste en Europe. »

A noter que l’étude fait l’impasse sur l’exposition des compagnies d’assurance. On peut également regretter que la Banque de France ne fasse pas plus son travail de transparence à l’égard des investisseurs et des clients des banques françaises, sachant que ces dernières sont les plus exposées au risque grec.

Les Américains débarquent en Europe

Le rachat de l’anglais Chloride par Emerson Electric pour 723 millions de livres sterling a donné l’idée à UBS de chercher quelles sociétés en Europe pourraient être des cibles stratégiques pour des entreprises américaines.

Dans une étude publiée mercredi, la banque estime que l’intérêt des acquéreurs américains devrait se porter principalement sur les sociétés britanniques, sur des cibles de taille petite et moyenne et dans divers secteurs d’activité (industrie, mais aussi services informatiques, pharmacie ou biotechnologie).

Parmi les cibles les plus probables, UBS liste des sociétés comme Carphone Warehouse, Croda, Invensys, Meggitt, Smiths Group, Temenos, Tullow Oil, Virgin Media, TNT Express.

UBS relève d’autres entreprises françaises dans sa liste, comme Atos Origin (cible de HP… qui vient d’annoncer le rachat de Palm ou de Dell), Rémy Cointreau (intérêt de Brown Forman) et Legrand (Eaton, Danaher, Emerson Electric, Cooper Industries).

Les bonnes idées de HSBC

Cela ressemble au nom d’une équipe sportive. HSBC l’appelle sa liste « Europe Super Ten », mais il s’agit seulement d’idées d’investissement qui font l’unanimité entre stratégistes et analystes de la banque.

Dans son étude publiée aujourd’hui, HSBC commence par planter un décor plutôt rassurant.

« Ce ‘bull market’ déjà âgé d’un an ressemble de plus en plus à une reprise cyclique classique. La croissance économique et les résultats continuent de surprendre positivement, les taux d’intérêt commencent à remonter, et les investisseurs sont un peu plus enclins à prendre du risque. »

HSBC table sur un gain de 10% sur les marchés d’actions européens. La banque a retenu des titres ayant à la fois une exposition aux Etats-Unis et aux marchés émergents (logique: ce sont les deux régions qui connaîtrons une croissance plus rapide qu’en Europe).

Les autres thèmes joués par HSBC incluent: des surprises sur la croissance du chiffre d’affaires, un fort levier opérationnel, les sociétés sorties renforcées de la récession et les titres délaissés et sous-évalués.

Malgré la crise de dette souveraine dans la zone euro, la banque conseille 3 financières (Barclays, Crédit Agricole et Legal & General), ainsi que des titres cycliques (Aker Solutions, Deutsche Post, Ericsson, Holcim, WPP). Parmi les titres au profil plutôt défensifs, on retrouve Kingfisher et Pernod Ricard.

Sur le segment des valeurs petites et moyennes, HSBC publie également aujourd’hui sa liste de valeurs recommandées en Europe pour la période du 2è au 3è trimestre 2010.

Ce qui effraie le marché…

Un commentaire sur le secteur bancaire de Natixis Securities en dit long sur l’état de nervosité des investisseurs, autour de la dette grecque et des effets de « contagion » aux autres pays de la zone euro (les fameux « PIGS »). Après la dégradation de l’Etat grec par S&P au rang de « junk » (une première), et l’abaissement de la note du Portugal, le risque est désormais que les 2 autres agences de notation (Fitch et Moody’s) abaissent à leur tour la note de la Grèce, ce qui entraînerait une crise de liquidité des banques grecques et un risque de faillite. De quoi expliquer le plongeon des banques françaises, qui sont les plus exposés à la dette grecque et au secteur bancaire du pays.

David Gilmore, associé de Foreign Exchange Analytics, cité par le Wall Street Journal fait un parallèle entre la note de la Grèce et celle des titres subprime, qui malgré une mauvaise qualité de crédit, pouvaient être notés triple-A par les agences de notation. Un « leurre » qui ne dure qu’un instant.

« Des tonnes de dettes émises par la Grèce, l’Espagne, le Portugal (pas très différents des titres adossés à de l’immobilier subprime noté triple-A) et l’Italie supportent le système bancaire de la zone euro comme contreparties des prêts de la banque centrale européenne et d’autres banques, ainsi qu’un moyen de capturer du rendement. Lorsque les marchés s’aperçoivent que la dette souveraine ‘sans risque’ n’est pas vraiment ‘sans risque’, les investisseurs fuient les titres de mauvaise qualité. »

Le rôle des agences de notation risque à nouveau d’être posé. Valérie Plagnol, chez CM-CIC Securities, s’interroge ce matin sur la méthode de travail des agences, dont les décisions a posteriori « contribuent à l’aggravation de la situation financières des pays concernés ».

« Le constat ex-post dressé par les agences de notation renforce le caractère auto-réalisateur des marchés dans une telle situation: abaissement de la note, forte progression du coût de refinancement – ou impossibilité d’accéder au marché – rendant le poids de la dette insupportable. »

Le rôle des banques comme vecteur de transmission de la crise est également posé. Selon Credit Suisse, qui a tenté une estimation à partir des données de la Banque des Règlements Internationaux, les banques françaises sont les plus exposées à la Grèce (56 milliards d’euros).

Les marchés paniquent à l’idée d’une contagion de défaillances étatiques au sein de la zone euro, ce qui assèche l’accès de ces pays aux marchés financiers… Et les agences, toujours pas capables d’anticiper, en rajoutent une couche, créant les conditions de nouvelles frayeurs à venir.

Wyser-Pratte critiqué à son tour

Guy Wyser-Pratte était un peu à court d’arguments pour obtenir le soutien des actionnaires de Lagardère, estime mardi Société Générale dans une note diffusée aux investisseurs:

« Wyser-Pratte n’a pas élaboré de façons [plus] convaincante ses critiques sur: 1) une « gestion » défaillante. Cette critique est déplacée en ce qui concerne le Livre, infondée pour les Services, alors que la performance d’Active nous paraît malheureusement plus refléter les problèmes structurels de la presse magazine que de « simples » difficultés d’exécution; 2) de « mauvais choix stratégiques »: nous sommes d’accord pour juger la constitution du pôle Sport comme coûteuse, mais son modèle nous paraît plus soutenable à moyen terme que certaines activités historiques, et son développement financé par des cessions opportunistes (…); 3) une gouvernance « byzantine »: la commandite est un système étrange, mais nous doutons que la décote lui soit spécifiquement liée. »

SG a un objectif de cours de 30 euros, mais une valorisation par somme des parties de 36 euros. L’analyste conseille de « conserver » les actions Lagardère.

L’action a terminé la journée sur une chute de 6,1% à 29,72 euros, signant l’une des plus fortes baisses du CAC 40, dans un marché qui a plongé de 3,8%.

Lagardère: les actionnaires se tirent une balle dans le pied

Pas de surprise ni de coup de théâtre. Les actionnaires de Lagardère ont rejeté les deux résolutions proposées par l’investisseur activiste Guy Wyser-Pratte. Ce dernier a indiqué qu’il continuera de défendre son projet.

Le marché ne semble pas apprécier ce rejet de la majorité des actionnaires, qui semblent se tirer une balle dans le pied. L’action perd plus de 3%.

Profil d’entreprise: Maurel & Prom (MAU)

En bref

Maurel & Prom est un groupe pétrolier indépendant, dont la stratégie repose sur l’exploration et l’exploitation de champs d’hydrocarbures, puis la revente de ces actifs une fois leur potentiel établi.

Marché et concurrents

Maurel & Prom est l’un des rares opérateurs pétroliers indépendants ou « junior » cotés à Paris. Elle est contrôlée par le financier Jean-François Hénin. Ce type d’acteurs est plus fréquent à Londres (Dana Petroleum, Cairn Energy, Tullow Oil) et souvent mieux valorisé. L’entreprise, compte tenu de sa taille, de ses moyens financiers et technologiques, ne joue pas dans la même cour que les « majors ». Elle préfère explorer et exploiter des champs trop petits pour être rentables pour les géants du secteur. Sa petite taille (297 salariés) la rend plus flexible que les majors. C’est également sa limite lorsqu’un champ s’avère trop grand ou complexe à exploiter.

L’industrie du pétrole voit son modèle remis en question par l’accès rendu plus difficile aux ressources dans certains pays, des coûts d’exploration/production en hausse, des impôts accrus (partage de la rente pétrolière) et une incertitude sur l’évolution de la demande (rapide avant la crise, plus modérée depuis). Tous ces éléments ont conduit, avec la crise, à une grande volatilité du prix du pétrole, qui reste un élément déterminant dans les décisions d’investissement des compagnies pétrolières.

Stratégie

Depuis 2003, Maurel & Prom se focalise sur la « construction d’un opérateur indépendant à forte croissance en Europe ». Cette stratégie s’est appuyée à la fois sur la croissance interne (découverte et forage de champs rentables) et sur des acquisitions (Hocol).

Histoire récente

Ancienne filiale d’Electricité et Eaux de Madagascar dont elle s’est séparée en 2000, Maurel & Prom s’est progressivement focalisée sur les métiers de l’exploration et du forage pétrolier.

Après un premier succès avec le champ M’Boundi au Congo, la société a réitéré l’expérience en Amérique Latine (Hocol), sans rencontrer la même réussite pour son cours de Bourse. L’entreprise est aujourd’hui engagée au Gabon, qui représente l’essentiel de ses réserves prouvées et probables. Le gros des efforts d’investissement était en 2009 concentré au Gabon (champ d’Onal) et en Tanzanie (71% des 439 millions d’euros investis).

Maurel & Prom cherche également des relais de croissance dans de nouveaux pays (Nigeria).

Résultats et objectifs financiers

Deux activités ont contribué aux résultats de l’entreprise l’an dernier : le Gabon (54%) et le forage (Caroil). La hausse du dollar a en partie compensé la baisse du cours du baril entre 2008 et 2009 (-37% pour le Brent).

La rentabilité des opérations n’a toutefois pas été suffisante pour couvrir les coûts d’exploration (54 millions d’euros), conduisant le groupe à constater une perte d’exploitation de 28 millions d’euros, contre un bénéfice de 96 millions en 2008. Avec un chiffre d’affaires de 193 millions d’euros, Maurel & Prom est loin du record de 2006 (584 millions de chiffre d’affaires, marge d’exploitation record de près de 47%, record de production d’hydrocarbures (29.710 barils par jour).

La crise financière a été source de difficultés supplémentaires pour le groupe, au moment où celui-ci cherchait à céder sa filiale Hocol – opération qui a finalement abouti pour 740 millions de dollars. Une opération de restructuration financière (refinancement, OCEANE 2014) et la cession ont permis au groupe de réduire son endettement.

En mai 2009, le groupe a renégocié une facilité bancaire de 177 millions d’euros, garantie par le nantissement des réserves pétrolières au Gabon. Cette facilité, inscrite hors bilan, fait l’objet de covenants bancaires.

Depuis la cession de M’Boundi, Maurel & Prom n’autofinance plus ses investissements, lesquels ont considérablement augmenté (385 millions d’euros en 2009, 541 en 2008). Ces dépenses ont été financées par la cession d’Hocol Colombie et par endettement.

Cours de Bourse

Le parcours boursier de Maurel & Prom est avant tout lié au rythme des découvertes pétrolières. L’envolée du titre s’explique entre 2003 et 2006 par la découverte et l’exploitation du champ de M’Boundi, revendu depuis au groupe pétrolier italien ENI.

En 2004-2005, la communication financière du groupe devient une source de difficulté pour le groupe (il sera sanctionné par l’AMF).

Par la suite, la production d’hydrocarbures et les résultats du groupe sont devenus nettement plus volatils, en grande partie à cause des changements de périmètre intervenus, entraînant à leur suite le cours de Bourse de l’entreprise.

Ce parcours boursier reste aujourd’hui erratique, en raison notamment du manque de visibilité sur les nouvelles découvertes de champs prometteurs.

Ratios de valorisation

© weeko