Ce qui effraie le marché…

Un commentaire sur le secteur bancaire de Natixis Securities en dit long sur l’état de nervosité des investisseurs, autour de la dette grecque et des effets de « contagion » aux autres pays de la zone euro (les fameux « PIGS »). Après la dégradation de l’Etat grec par S&P au rang de « junk » (une première), et l’abaissement de la note du Portugal, le risque est désormais que les 2 autres agences de notation (Fitch et Moody’s) abaissent à leur tour la note de la Grèce, ce qui entraînerait une crise de liquidité des banques grecques et un risque de faillite. De quoi expliquer le plongeon des banques françaises, qui sont les plus exposés à la dette grecque et au secteur bancaire du pays.

David Gilmore, associé de Foreign Exchange Analytics, cité par le Wall Street Journal fait un parallèle entre la note de la Grèce et celle des titres subprime, qui malgré une mauvaise qualité de crédit, pouvaient être notés triple-A par les agences de notation. Un « leurre » qui ne dure qu’un instant.

« Des tonnes de dettes émises par la Grèce, l’Espagne, le Portugal (pas très différents des titres adossés à de l’immobilier subprime noté triple-A) et l’Italie supportent le système bancaire de la zone euro comme contreparties des prêts de la banque centrale européenne et d’autres banques, ainsi qu’un moyen de capturer du rendement. Lorsque les marchés s’aperçoivent que la dette souveraine ‘sans risque’ n’est pas vraiment ‘sans risque’, les investisseurs fuient les titres de mauvaise qualité. »

Le rôle des agences de notation risque à nouveau d’être posé. Valérie Plagnol, chez CM-CIC Securities, s’interroge ce matin sur la méthode de travail des agences, dont les décisions a posteriori « contribuent à l’aggravation de la situation financières des pays concernés ».

« Le constat ex-post dressé par les agences de notation renforce le caractère auto-réalisateur des marchés dans une telle situation: abaissement de la note, forte progression du coût de refinancement – ou impossibilité d’accéder au marché – rendant le poids de la dette insupportable. »

Le rôle des banques comme vecteur de transmission de la crise est également posé. Selon Credit Suisse, qui a tenté une estimation à partir des données de la Banque des Règlements Internationaux, les banques françaises sont les plus exposées à la Grèce (56 milliards d’euros).

Les marchés paniquent à l’idée d’une contagion de défaillances étatiques au sein de la zone euro, ce qui assèche l’accès de ces pays aux marchés financiers… Et les agences, toujours pas capables d’anticiper, en rajoutent une couche, créant les conditions de nouvelles frayeurs à venir.