Alstom, indicateur retardé

Compte tenu de cycles d’activité très longs, Alstom paie avec retard les effets de la crise. S’il a publié des résultats annuels supérieurs aux attentes, le groupe d’ingénierie prévoit une marge d’exploitation entre 7% et 8% au cours des deux prochains exercices, contre 9,1% en 2009-2010 – une prévision plus prudente que celle des analystes (8% selon le consensus IBES pour 2010-2011, 7,8% en 2011-2012).

Tout l’enjeu pour Alstom est de faire en sorte que ce niveau de marge représente un point bas, ou de créer la surprise en faisant mieux que prévu. Il en va de même pour la gestion du cash. La chute du ratio de prises de commandes sur chiffre d’affaires (« book-to-bill »), considéré comme un indicateur avancé d’activité, s’est traduite par une ponction de 960 millions d’euros dans la trésorerie du groupe pour financer son besoin en fonds de roulement. La chute des commandes signifie moins d’acomptes sur contrats, alors que le groupe doit honorer les commandes déjà passées, ce qui entraîne plus de sorties de cash que d’entrées.

Cet élément défavorable va-t-il se produire encore au cours des exercices à venir ? Les prochains commentaires sur les prises de commandes donneront des indications sur ce point. Compte tenu des commandes déjà en portefeuille, on peut aussi regretter qu’Alstom n’ait pas donné d’informations plus détaillées, notamment une prévision de marge par pôle d’activité par exemple… ce que le groupe faisait par le passé.

A plus long terme, les relais de croissance que le groupe convoite (énergies renouvelables, pays émergents) n’ont pour le moment pas joué un rôle très visible dans les résultats. Le marché des renouvelables a subi comme les autres métiers les effets de la crise. La part des émergents dans le carnet de commandes du groupe est toujours minoritaire (25% des prises de commandes en 2009-2010).

Seule nouvelle plutôt rassurante : le bilan reste sain, malgré l’augmentation des dettes financières l’an dernier. Ce point représente une nouvelle plutôt rassurante au moment où le groupe doit boucler le rachat de la branche Transmission d’Areva.

Autre point plutôt positif : Alstom a maintenu un niveau soutenu d’investissement, malgré la crise. Il reste maintenant à espérer que ces investissements offriront à terme une rentabilité satisfaisante. S’il faut laisser le temps faire son œuvre, Alstom pourra profiter de la présentation de ses résultats aujourd’hui pour poser quelques balises bien utiles à ses actionnaires, à ses fournisseurs et à ses salariés, dans un environnement de marché toujours incertain.