Spéculation, je t’aime, moi non plus

Incompétence ou nouvelle illustration d’une communication précipitée ? La semaine dernière, les dirigeants politiques ne manquaient pas de mots durs pour villipender la spéculation qui attaque l’euro. Lundi, ces mêmes dirigeants se félicitaient du rebond des Bourses, lesquelles saluaient leur tardive réaction (BCE en tête) pour sortir la zone euro d’une passe difficile.

Pourtant, en se félicitant du rebond des marchés financiers, les « responsables » politiques saluent inévitablement les mêmes « spéculateurs » qui faisaient plonger les indices boursiers quelques jours plus tôt. Avec toutefois un bémol, car la hausse de lundi pourrait être de courte durée.

L’évolution du CAC 40 ces derniers jours (tableau) donne l’impression d’un élastique qui, après avoir été tendu à la baisse, s’est brusquement relâché lundi dans le  sens opposé.

Le rebond de lundi est le plus fort depuis 17 mois, selon l’agence Bloomberg, laquelle rappelle qu’il est surtout lié à l’envolée du cours des valeurs financières (qui ont un poids important dans les indices), Société Générale, AXA et BNP Paribas étant en tête de la hausse. Les marchés ont également bénéficié du changement d’avis de Morgan Stanley, qui sous-pondérait les actions depuis le 25 janvier et a conseillé lundi de les surpondérer dans les portefeuilles après la chute récente des indices.

Certains analystes ont également estimé lundi que la décision de la BCE d’acheter des obligations d’Etats a constitué la vraie nouvelle rassurante pour les marchés, bien plus que la création d’un fonds de stabilisation européen. Cette décision aurait pû couper court à la spéculation si elle avait été prise jeudi dernier, empêchant la panique de s’installer.

D’autres analystes estiment néanmoins que le rebond pourrait ne pas durer bien longtemps. Une crainte présente sur les marchés actions, mais aussi sur d’autres classes d’actifs, notamment celles de la dette souveraine et du crédit, ou des changes.

On peut ainsi lire cette analyse du blog Baseline Scenario, qui explique pourquoi, malgré l’annonce du plan de 750 milliards d’euros, les taux obligataires se sont peu détendus… Ce blog revient également sur le problème fondamental de l’Europe qui est le décalage croissant en matière de compétitivité des économies des pays de la zone euro (les déficits publics ne sont que l’illustration de ce manque de compétitivité).

Dès lundi soir, Moody’s est venu calmer les esprits en annonçant que le risque de contagion existe toujours. Avec un premier effet: les marchés asiatiques ont replongé dans la foulée.

Dans l’actuel contexte de regain de volatilité des marchés, il est difficile de ne pas repenser à l’épisode d’octobre 2008. Après l’effondrement de Lehman Brothers, l’espoir d’un plan de soutien massif à l’industrie bancaire avait provoqué un fort rebond des indices boursiers, sans empêcher toutefois l’effondrement de ces mêmes indices au cours des mois suivants.

Les marchés actions se sont envolés lundi, mais les autres classes d’actifs envoient des signaux qui montrent qu’il y a encore beaucoup de scepticisme sur la sortie de crise.

Plutôt que de s’emballer à saluer le rebond des Bourses, il aurait été préférable de se poser des questions du genre: « Qui est intervenu sur les marchés ? » « S’agit-il des mêmes intervenants ? »  » Quelles ont été les forces en présence et comment la situation peut-elle évoluer dans les semaines et mois à venir ? » Des questions qui ne trouvent pas de réponse immédiate ou évidente… et nécessitent de l’analyse, du temps et de l’investigation.

Malheureusement, les responsables politiques ont perdu toute patience, et par la même occasion une opportunité pour faire preuve de prudence, en sacrifiant à leur irrémédiable (et ô combien énervant) besoin de « communiquer ». Heureusement pour eux, si les marchés rechutent, ils pourront toujours expliquer qu’ils ont tout fait pour empêcher la panique…