Air France-KLM super cyclique

La crise a montré la très forte sensibilité des résultats financiers des compagnies aériennes. Air France-KLM, qui a publié mercredi soir une perte historique de 1,56 milliard d’euros, en est un exemple très parlant. Reste maintenant aux dirigeants du groupe de démontrer que cette forte sensibilité en période de contraction économique existe aussi en période de reprise économique, et sera le moteur d’un fort rebond des résultats.

La reprise a commencé à produire quelques effets, visibles dans les comptes du quatrième trimestre : le chiffre d’affaires a reculé de 0,8%, mais le résultat d’exploitation s’est redressé de 7,1%.

Pour aller plus vite encore, Air France-KLM doit relever plusieurs défis et essayer d’être moins sensible au cycle économique, dans la mesure du possible. Dans un métier où 60% des coûts sont fixes, le premier, et sans doute le plus important de ces défis, est le redressement de la recette par siège.

Pour cela, le groupe compte sur plusieurs actions engagées durant la crise. Cela va du développement de nouvelles catégories de sièges (classes premium voyageur et éco confort dans les vols long courrier), à l’adaptation du business model dans le moyen courrier (de plus en plus un service de « commodité », soumis à la pression des compagnies low-cost) et à la reconfiguration de la flotte cargo, où la priorité est de « remplir les soutes », comme l’a expliqué jeudi Pierre-Henri Gourgeon.

Sur le front des coûts, Air France-KLM a encore de nombreux chantiers de progrès à traiter. Le groupe vise une une amélioration de 900 millions à 1 milliard d’euros de son résultat d’exploitation, dont l’essentiel viendra des économies de coûts (510 millions à travers le plan « Challenge 2012 »), le reste provenant des améliorations de recettes et des contributions des différentes joint-ventures.

A plus long terme, la compagnie aérienne doit sortir de la logique où ce sont ses couvertures carburant qui assurent le financement du renouvellement de sa flotte. La crise a révélé les limites de cette logique, surtout lorsque le prix du brut est, spéculation oblige, soumis à de fortes variations.

Air France-KLM peut compter sur une flotte moderne (9 ans d’âge en moyenne contre 11 à 14 ans pour ses principaux concurrents) pour compenser le yo-yo du baril de pétrole, tandis que l’arrivée de nouvelles compagnies au sein de SkyTeam devrait lui assurer plusieurs relais de croissance dans des pays émergents, comme la Chine, la Russie ou le Brésil. La compagnie doit aussi faire la preuve qu’elle est en mesure de redresser plus sensiblement son niveau de rentabilité – car jusqu’à présent, le groupe n’est que marginalement plus profitable qu’avant sa fusion avec KLM (graphique).

Source: comptes de la société.

Les mesures présentées jeudi à la communauté financière ne devraient se traduire que par un lent redressement des résultats. Air France-KLM ne devrait revenir dans le vert qu’en 2011-2012, et encore modestement (nous tablons sur un bénéfice par action de 40 centimes à cette date; le consensus IBES est plus optimiste à 99 centimes actuellement). Pas de quoi emballer les foules. La Bourse, elle, semble plutôt dans l’expectative. Le titre perd un peu plus de 2% jeudi, dans un marché en repli de près de 3%. Il affiche un recul de près de 15% depuis le 1er janvier.