Nouveau stress sur le marché interbancaire

La faillite de Lehman Brothers avait porté à des niveaux rarement vus le stress sur les marchés financiers. La gestion de la crise de la dette publique en Europe est en train de faire de même. Au-delà des atermoiements de l’Europe sur la gestion de la dette publique, sont réapparus des thèmes guère réjouissants aux yeux des investisseurs, notamment celui de la déflation, qui avait pourtant disparu des écrans radars il y a quelques mois à peine. Une « disparition » qui n’en est pas une. Avec des taux d’inflation durablement faible, voire négatifs dans certains pays, l’idée d’un scénario de déflation à la japonaise pour l’Europe reste présente à l’esprit de plusieurs investisseurs.

Benjamin Melman, directeur de l’allocation d’actifs et de la gestion quantitative de Edmond de Rothschild Investment Managers faisait un point ce matin sur le sujet.

« Il y a deux sujets d’incertitude à l’heure actuelle: 1) la gouvernance européenne (il y a une volonté politique pour que l’euro n’implose pas, mais des questions demeurent: quel euro ? Est-ce que l’euro est intangible ? Quel niveau de solidarité entre pays membres de l’Union et quelles contreparties à la solidarité entre pays ? Ce sont des sujets structurels qui n’auront de réponse immédiate); 2) la situation macro-économique: la reprise économique est-elle solidement assise ou y a-t-il des fragilités ? La menace de déflation est-elle écartée ? L’Europe aurait besoin d’afficher une coordination des plans de rigueur, tous les pays n’étant pas logés à la même enseigne dans ce domaine. »

Cette idée de coordination est intéressante, car elle permettrait de combler une lacune de l’Europe économique: l’absence de politique budgétaire commune. Les pays ayant une situation économique solide, l’Allemagne et certains pays nordiques, pourraient en effet se permettre de financer un plan de relance, tandis que les pays les plus endettés se focaliserait sur l’assainissement des finances publiques. Cela aurait deux avantages: montrer la cohérence de l’approche européenne et crédibiliser l’union au moment où sa monnaie est attaquée.

Si cela n’est pas fait rapidement, le stress sur les marchés risque de s’amplifier. La situation du marché interbancaire est particulièrement préoccupante comme le montrent l’évolution du swap spreads 2 ans-10 ans en Europe ou le spread OIS-BOR 3 mois aux Etats-Unis. Ce dernier a plus que doublé en l’espace d’un mois, passant de 30 à 70 points de base.

Ce stress a une traduction: un mouvement de fuite vers la qualité caractéristique des périodes où les investisseurs cherchent à tout prix à se mettre à l’abri (illustration tirée d’une note de la Société Générale).

Dans un tel environnement, même si les actions ont fortement chuté, la volatilité et les primes de risque sont remontées à des niveaux tels que cette classe d’actifs semble toujours risquée.