Etonnant non ?

J’étais ce matin à une conférence de presse d’Amundi Asset Management, qui présentait sa stratégie d’investissement pour le second semestre. Amundi, issu de la fusion des activités de gestion d’actifs de Crédit Agricole et de Société Générale, gère environ 600 milliards d’euros, ce qui en fait l’un des plus gros gérants d’actifs en Europe.

On peut donc supposer que son poids économique attire les foules… Nous étions 6 journalistes, dont 2 de l’agence Thomson Reuters et aucun d’un quelconque grand quotidien national. Etonnant non ?

PS: en matière de stratégie d’investissement, Amundi considère que malgré la situation de stress sur les marchés financiers, la reprise économique est bien là et que les investisseurs peuvent encore trouver du rendement dans le crédit corporate (notamment chez certains établissements financiers aux Etats-Unis ou dans les pays émergents) ou dans les actions européennes (en étant là aussi très sélectif).

PS2: le service de presse d’Amundi m’a indiqué que le même jour, il y avait un petit déjeuner organisé par Paris Europlace sur les conclusions du chantier « épargne longue ». J’ai répondu que les rédactions de la plupart des grands quotidiens économiques ou généralistes ont suffisamment de journalistes pour suivre 2 événements à la fois.

Encore une période de stress…test

L’été sera chaud sur les marchés financiers. Un premier test aura lieu dès demain, date d’échéance d’une facilité de 1 an mise en place par la Banque centrale européenne et qui doit être remboursée par les banques bénéficiaires… Montant de l’addition: 442 milliards d’euros.

Cette situation n’est toutefois pas si périlleuse, selon certains observateurs. Les banques ont eu accès à une facilité de trois mois de la BCE, et n’ont demandé que 131,9 milliards d’euros (pour 171 établissements), soit moins que ce qui était anticipé par les marchés financiers. Il faut dire qu’elles peuvent trouver des financements sur le marché interbancaire à 0,76%, alors que les facilités de la BCE sont rémunérées 1%, comme l’indique l’agence Bloomberg.

Un autre sujet risque d’animer les investisseurs par la suite. Celui de la divulgation plus ou moins complète des résultats de tests de résistance appliqués aux banques européennes. Une publication qui fait l’objet d’âpres débats, notamment en Allemagne où il semble délicat de révéler la fragilité réelle ou pas des banques régionales allemandes (les fameuses « Landesbanken ») .

L’idée de ces tests est simple: il s’agit de mesurer leur capacité de résister à des chocs externes (chute des prix de l’immobilier, pertes sur des transactions financières pendant la crise post-faillite de Lehman Brothers), donc à voir si elles disposent de suffisamment de fonds propres pour poursuivre leur activité.L’objectif est de faire la lumière sur l’état de santé financière des banques.

Mais l’exercice est suffisamment périlleux pour que les politiques cherchent à en circonscrire les modalités. On parle ainsi de limiter la publication des résultats aux 25 plus grandes banques européennes (donc ne pas parler des Landesbanken ou des caisses d’épargne espagnoles, par exemple).

On peut aussi lire que les tests de résistance n’intègrerait pas de stress sur le risque souverain, alors qu’il s’agit précisément du sujet sur lequel les marchés financiers veulent en savoir plus.

On peut enfin craindre que des résultats ne seront publiés que si la situation n’est pas si périlleuse que ce que craignent les investisseurs… Bref, un sujet vital pour une bonne transparence et un meilleur fonctionnement des marchés financiers. Mais un test qui risque d’être fortement embrouillé pour des questions politiques. Et au final, l’exercice de communication menace de créer encore plus de volatilité sur les marchés. Décidément, l’été sera chaud.

Moody’s menacée par… S&P

Règlement de compte dans le monde feutré des agences de notation ? Standard & Poor’s, leader mondial de la notation financière, a annoncé mardi soir placer sous surveillance avec implication négative la note de Moody’s, numéro deux du secteur.

« Nous pensons que la mise en place d’une nouvelle législation aux Etats-Unis représente un risque pour le profil de Moody’s qui pourrait peser sur ses marges et accroître les coûts de litiges pour les agences de notation. »

Un raisonnement que S&P ne s’auto-applique pas. Le leader mondial, filiale du canadien McGraw-Hill, attend peut-être que Moody’s lui fasse cet honneur.

A noter que Moody’s est coté en Bourse, alors que S&P ne l’est pas, ce qui lui permet de mieux dissimuler le niveau plantureux des marges que génère cette activité, pourtant fortement critiqué pour son rôle procyclique dans les mouvements de hausse ou de baisse des marchés financiers – le dernier exemple de la Grèce, où les deux agences se sont illustrées, est là pour le rappeler.

L’argument de S&P va en tout cas profiter aux nombreux hedge funds qui vendent à découvert l’action Moody’s. On notera  également que Warren Buffett, un important actionnaire de Moody’s, a commencé à vendre sa position peu après l’éclatement de la crise financière. Pour un argumentaire très critique sur les agences de notation (à la mode en ce moment), on peut lire le point de vue de David Einhorn, patron de la société de gestion Greenlight Capital.

Après la Grèce, la Californie ?

Les problèmes restent les mêmes, mais l’échelle change. Bloomberg a publié une enquête sur la dérive des finances publiques de plusieurs états américains, avec un accent sur la situation de la Californie – l’une des états les plus riches du pays, mais également dans le monde (son PIB est supérieur à celui de la Russie). Il n’est d’ailleurs pas le seul.

« 46 états doivent faire face à un déficit budgétaire de 112 milliards de dollars pour l’exercice fiscal clos fin juin, selon le Center on Budget and Policy Priorities, un centre de recherche basé à Washington. Leurs dépenses représentent 12% du PIB américain. »

Face à la dérive de leurs finances publiques, la plupart de ces états vont devoir appliquer le même traitement que la Grèce: réduction des dépenses publiques et augmentation des impôts. Le principal risque de telles mesures est un affaiblissement de la croissance économique, au moment où les plans de relance arrivent à leur terme et où des élections de mi-mandat sont prévues.

Sables mouvants

« Les irresponsables à la tête des autorités budgétaires et monétaires vont nous plonger à nouveau dans la récession. Cette fois-ci, cependant, une pure situation de déflation se profile à l’horizon et nous allons tous vivre l’expérience japonaise. »

Un exemple d’irresponsable? L’entretien d’Angela Merkel publié avant-hier par le Wall Street Journal (retranscription ici), et vivement critiquée par… George Soros et par d’autres. Le risque de scénario à la japonaise a déjà été évoqué sur ce blog.

Disponible également en PDF.

Sans commentaire…

La spéculation dédouanée

Rappelez-vous. En 2007-2008, la presse rapportait une multiplication des émeutes de la faim dans le monde, causées par l’envolée du prix des matières premières agricoles. L’un des principaux accusés mentionnés à l’époque par les médias était la « spéculation » et l’afflux de capitaux sur des indices de matières premières.

L’OCDE vient de publier une étude de deux chercheurs américains qui nie cette thèse (laquelle fait l’objet d’un âpre débat entre chercheurs).

« La participation croissante des investisseurs dans les marchés de matières premières constitue un changement structurel significatif, mais elle n’a pas accru la volatilité des prix, implicite ou réelle, des marchés de futures agricoles. (…) Les fonds indiciels n’ont pas provoqué une bulle du prix des futures de matières premières. »

Les auteurs de cette étude soulignent que d’autres recherches sont nécessaires pour comprendre le rôle des investisseurs sur la relation entre prix spot et futures, et sur la dynamique de formation des prix. Mais, sur la base d’un nouveau modèle économétrique, ils soutiennent qu’on ne peut blâmer l’afflux de capitaux sur les marchés de matières premières pour expliquer le phénomène de bulle qui s’est produit en 2007-2008.

Autre point intéressant. L’étude montre que si la bulle des prix des matières premières a explosé à partir du second semestre 2008, les investissements dans cette « classe d’actifs » n’ont cessé de progresser, malgré la crise. Les matières premières (pétrole, or…) sont en effet considérées comme de bonnes protections face à un risque d’inflation…

Référence de l’étude: Scott H. Irwin, Dwight R. Sanders (2010), « The Impact of Index and Swap funds on Commodity Futures Markets: Preliminary Results », OECD Food, Agriculture and Fisheries Working Paper, No. 27, OECD Publishing. (Lien html et PDF).

Scott H. Irwin est professeur à l’Université de l’Illinois où il enseigne l’analyse des prix des matières premières et les marchés de futures. Son profil est disponible ici.

La fin des obligations ?

Y a-t-il un avenir à être investi en obligations. Les responsables de PIMCO, le plus gros gestionnaire obligataire au monde, en doutent. Pour être plus précis, ils doutent de la poursuite du rally obligataire des 30 dernières années, ce qui semble logique avec des rendements de 2-3%. La firme cherche des poches de rendement dans d’autres classes d’actifs, comme le relate l’agence Bloomberg. Les actions font partie de ces nouvelles sources de profit, mais comme l’explique Bloomberg, PIMCO s’est déjà brûlé les doigts dans cette classe d’actifs. Le fait de se lancer dans ce type d’activité dans une période où les marché sont particulièrement volatils constitue donc un pari pour le moins risqué.

Pour mieux connaître la vision du monde de PIMCO, on peut lire cette note de Mohamed El-Erian, le directeur des investissements de PIMCO – elle synthétise les discussions de la société sur les tendances de long terme de l’économie et des opportunités en matière d’investissement. Un document qui vaut la peine d’être lu.