Pomme de discorde

Microsoft et Apple sont au coude à coude en termes de ventes (59 milliards pour la firme de Steve Jobs, 61,6 milliards pour celle de Steve Ballmer). La Bourse elle, donne, depuis le 26 mai, une légère avance à la firme à la pomme. Cette dernière capitalise 234 milliards de dollars, contre 226 milliards pour Microsoft. Mais l’écart est encore plus significatif en termes de ratios de valorisation. Selon Bloomberg, l’action Apple se traite actuellement sur un multiple de résultat de 21,806 contre 13,163 pour Microsoft. Microsoft vaut aujourd’hui moins « cher » qu’un fabricant de matériaux de construction comme Lafarge (P/E de 15,966) – on notera que le multiple de valorisation d’Apple n’est pas non plus si élevé pour une société de haute technologie.

Interrogé sur le sujet, Ballmer a minimisé l’avance boursière de son rival. Mais chez Microsoft, les choses bougent – l’entreprise a réorganisé son équipe dirigeante et cherche à redresser les résultats de sa division Jeux vidéo et téléphones mobiles (« Entertainment and Devices ») dans les plus brefs délais. Au cours des neuf premiers mois de son exercice fiscal 2009-2010, cette division a déjà réalisé quelques progrès en affichant un profit opérationnel de 851 millions de dollars, contre 249 millions de dollars un an plus tôt. Cela reste infinitésimal au regard des autres divisions du groupe – Windows, Serveurs et Microsoft Business – qui dégagent respectivement 9,9 milliards de dollars, 3,9 milliards et 8,5 milliards de profits.

Ce décalage montre aussi que la dépendance de Microsoft à quelques familles de produits où le groupe détient des parts de marché ultradominantes n’est pas forcément une garantie de succès sur le long terme en Bourse.

La situation d’Apple est-elle plus enviable de ce point de vue ? Ce n’est pas certain. Si l’on décompose la valeur boursière d’Apple – un moyen simple de le faire est disponible gratuitement sur le site trefis.com – on se rend compte que l’iPhone en représente 46,7%, loin devant les applications pour iPhone/iPod/iPad (12,5%), les ordinateurs (13,8%), le cash (15,8%) et les autres activités du groupe (iPad 4,3%, iTunes 3,4%, iPod 2,6%, Apple TV 1%).

Pour qu’Apple conserve son avance, il faudra non seulement que la firme de Cupertino continue de publier des résultats de bonne facture, mais également qu’elle démontre qu’elle peut trouver des relais de croissance durables, sans tomber dans la logique de domination de l’industrie qui a caractérisé Microsoft jusqu’ici. Or l’intérêt croissant de la justice américaine sur l’impact d’Apple sur la concurrence semble montrer que la firme à la pomme commet peut-être le même péché que le géant de Redmond.

Apple

Capitalisation boursière de 233,75 milliards de dollars, P/E de 21,806, rendement du titre en Bourse: 89,15%.

Microsoft

Capi: 226,11 milliards de dollars, P/E de 13,163, rendement: 25,86%

Source: Bloomberg

http://www.microsoft.com/msft/earnings/fy10/earn_rel_q3_10.mspx