La spéculation dédouanée

Rappelez-vous. En 2007-2008, la presse rapportait une multiplication des émeutes de la faim dans le monde, causées par l’envolée du prix des matières premières agricoles. L’un des principaux accusés mentionnés à l’époque par les médias était la « spéculation » et l’afflux de capitaux sur des indices de matières premières.

L’OCDE vient de publier une étude de deux chercheurs américains qui nie cette thèse (laquelle fait l’objet d’un âpre débat entre chercheurs).

« La participation croissante des investisseurs dans les marchés de matières premières constitue un changement structurel significatif, mais elle n’a pas accru la volatilité des prix, implicite ou réelle, des marchés de futures agricoles. (…) Les fonds indiciels n’ont pas provoqué une bulle du prix des futures de matières premières. »

Les auteurs de cette étude soulignent que d’autres recherches sont nécessaires pour comprendre le rôle des investisseurs sur la relation entre prix spot et futures, et sur la dynamique de formation des prix. Mais, sur la base d’un nouveau modèle économétrique, ils soutiennent qu’on ne peut blâmer l’afflux de capitaux sur les marchés de matières premières pour expliquer le phénomène de bulle qui s’est produit en 2007-2008.

Autre point intéressant. L’étude montre que si la bulle des prix des matières premières a explosé à partir du second semestre 2008, les investissements dans cette « classe d’actifs » n’ont cessé de progresser, malgré la crise. Les matières premières (pétrole, or…) sont en effet considérées comme de bonnes protections face à un risque d’inflation…

Référence de l’étude: Scott H. Irwin, Dwight R. Sanders (2010), « The Impact of Index and Swap funds on Commodity Futures Markets: Preliminary Results », OECD Food, Agriculture and Fisheries Working Paper, No. 27, OECD Publishing. (Lien html et PDF).

Scott H. Irwin est professeur à l’Université de l’Illinois où il enseigne l’analyse des prix des matières premières et les marchés de futures. Son profil est disponible ici.