Les banques de l’ombre

Dans le déroulement de la crise financière de 2007-2009, de nombreux observateurs, à commencer par Nouriel Roubini (RGE), ont pointé du doigt le rôle du « shadow banking system », improprement traduit par « banques de l’ombre ».

Quatre économistes de la Réserve fédérale de New-York ont cherché à comprendre de quoi il s’agit, comment ces institutions interviennent dans la transformation du crédit. La première partie de leur étude (sur 4), a été mise en ligne sur le site Internet de la Réserve fédérale de New-York (PDF en lien ici) et comprend une illustration très complète de ce système parallèle.

De quoi parle-t-on ? Les « shadow banks » sont des intermédiaires financiers qui assurent la transformation du crédit (crédit, maturité, liquidité) sans avoir accès au système bancaire central ou aux garanties du secteur public. Parmi ces institutions on retrouve les véhicules financiers à usage spécifique (« limited-purpose vehicle »), les conduits, les produits structurés, les hedge funds, les fonds monétaires, les prêteurs de titres financiers et les entités sponsorisées par le gouvernement. L’intermédiation du crédit se fait à travers des techniques telles que la titrisation ou adossement du financement à des actifs (ABCP, ABS, CDO, repo).

Ce système bancaire « discret » est en concurrence avec les autres établissements financiers traditionnels pour financer les transactions des entreprises et des ménages. Avant la crise financière, ces « shadow banks », que les économistes préfèrent qualifier de « parallèles » avaient une taille plus grande que les banques traditionnelles (20.000 et 11.000 milliards de dollars respectivement). Aujourd’hui, la taille de cette industrie reste significative à environ 16.000 milliards de dollars, au terme du 1er trimestre 2010, contre 13.000 milliards de dollars pour les banques traditionnelles.

Les conclusions de l’étude montrent que, comme toute innovation financière, une partie des « shadow banks » crée peu de valeur économique. En revanche, certaines institutions, par leur spécialisation, ont un rôle utile et sont appelées à perdurer. Selon les économistes, une régulation par fonction plutôt que par nature d’établissement serait plus pertinente.

L’organisation du « shadow banking system » comprend 3 sous-systèmes: les entités sponsorisées par le gouvernement (FannieMae, FreddieMac); le système « interne » qui relient des institutions financières établies par les opérations de hors-bilan et sert à financer ou refinancer des prêts hypothécaires, automobiles, des cartes de crédit…(le fameux « originate-to-distribute ») ; un système « externe » qui est composé d’acteurs spécialisés (« originate-to-fund »).

L’étude conclut également que les dérives observées de ce système financier sont à trouver dans une régulation ex-ante insuffisante et une gestion inadéquate du risque.

Mais une partie de ce système serait « utile ».

« Les ‘shadow bank’ sont souvent plus efficaces que les banques traditionnelles par la réalisation d’économies d’échelle dans l’origination, le service, la structuration, le trading et le financement de prêts. (…) La plupart des acteurs se trouvent dans la composante « externe » du système. »

Au sein de ce sous-système « externe », certains acteurs de type monolines (réhausseurs de crédits) ou des sociétés financières non-bancaires ont un rôle important à jouer dans le financement de crédits pour des entreprises comme, par exemple, des compagnies aériennes.

Une autre conclusion intéressante de l’étude, qui intéressera les régulateurs, est que le système bancaire privé sera toujours incapable de gérer des crises systémiques et qu’il aura toujours besoin d’un prêteur en dernier ressort.