Lafarge, une ORA et ça repart ?

Début juillet, nous écrivions que Lafarge était fortement pénalisé par le poids de sa dette et la menace par les agences de tomber en catégorie spéculative (ce qui pourrait contraindre au remboursement anticipé de certains prêts). Le sujet est toujours d’actualité, selon l’équipe quantitative d’Exane BNP Paribas.

Pour regagner la confiance des investisseurs, Lafarge devrait chercher à renforcer la structure de son bilan et pourrait atteindre cet objectif en émettant une obligation remboursable en actions, estiment ces spécialistes. Une opération d’une taille de 1,5 milliard d’euros avec un coupon de 10% pourrait être considérée et permettrait de rééquilibrer le bilan du groupe.

Les marchés restent inquiets sur la situation du cimentier. Après un mouvement de baisse engagé l’an dernier, le coût de protection de la dette Lafarge (spread de CDS) a repris un chemin ascendant et atteint actuellement 350 points. La corrélation entre CDS et action est élevée. « Le cours est loin de ses niveaux d’avant-crise et peut difficilement aller au-delà de 65 euros. »

Depuis janvier 2010, le marché des CDS qu’il existe une chance sur quatre de rencontrer un incident de crédit sur Lafarge au cours des cinq prochaines années. Au pic de la crise financière (fin 2008), la probabilité était de 1 sur 2.

Malgré plusieurs opérations de refinancement, Lafarge devra faire face à de nombreuses échéances de remboursement au cours des prochaines années. Pour alléger la contrainte d’un endettement élevé, le groupe peut envisager aujourd’hui plusieurs options : des dettes haut rendement ou des obligations convertibles, des cessions d’actifs (Lafarge a déjà un plan de 1 milliard d’euros), une réduction du dividende (exclue pour 2010), une augmentation de capital (déjà réalisée l’an dernir) ou une obligation remboursable en action (« mandatory convertible bond »). Cette dernière option est préférable selon Exane.

« Une obligation remboursable est une augmentation de capital différée (…) Cette solution est très attrayante pour les entreprises fortement endettées, dont les actionnaires ne souhaitent pas être dilués. »

A plus brève échéance, Lafarge pourrait profiter de l’annonce des résultats du deuxième trimestre pour rassurer sur sa santé financière. En affichant un bilan plus solide, Lafarge a l’occasion de rester dans la catégorie non-spéculative (« investment grade »). Peut-être l’occasion de réaliser un premier pas vers un rétablissement de sa situation financière.