Microsoft cartonne

Avec l’annonce de résultats annuels record en valeur absolue, Microsoft dispose enfin d’un levier justifiant de combler son retard sur le NASDAQ, la Bourse américaine des valeurs de croissance. Depuis le début de l’année, le cours du géant de Redmond affiche une baisse de 15,2% contre un repli de 1,7% pour l’indice boursier.

Grâce à son exercice décalé, le premier éditeur mondial de logiciels informatiques a bénéficié du meilleur des années 2009 et 2010: une période au cours de laquelle les entreprises commençaient à bénéficier de résultats en amélioration grâce aux réduction de coûts, et les effets sur l’économie des plans de relance annoncés partout dans le monde.

Le groupe a dégagé un flux de trésorerie disponible de 22 milliards de dollars, permettant de financer le dividende (4,6 milliards) et des rachats d’actions toujours confortables (8,9 milliards nets). Comme le note un analyste, le groupe bénéficie à la fois d’une vague de renouvellement des parcs de PC et de serveurs dans les entreprises, et de la sortie des nouvelles versions de ses logiciels (Windows 7 et Office 2010), qui semblent bien acceptés par les clients. Ce mouvement ne semble pas près de se terminer.

Les investisseurs ont peut-être encore certains doutes sur la vigueur de la reprise économique mondiale. Mais les publications de résultats des entreprises sont plutôt bien orientées, et devraient conforter la prévision d’une croissance soutenue des investissements informatiques cette année (+7,8% selon la prévision du cabinet d’études Forrester Research).

Ces perspectives ne sont toujours pas prises en compte par le marché. Le consensus des analystes prévoit pour 2011 un bénéfice par action publié de 2,319 dollars, selon IBES. Au cours de 25,84 dollars, l’action Microsoft vaut donc 11,1 fois le résultat attendu durant l’exercice en cours, contre un P/E médian de 24,4 entre les exercices fiscaux 1998 et 2010.

Le marché peut cependant se demander pourquoi Microsoft ne profite pas de résultats record pour améliorer son dividende, surtout lorsque l’on sait que le groupe a accumulé une trésorerie de près de 37 milliards de dollars. Certains se souviendront qu’en 2005, l’entreprise avait versé un dividende de 36 milliards à ses actionnaires.

A moins d’un projet de croissance externe significatif, et compte tenu d’un bilan extrêmement solide (les fonds propres représentent 54% du bilan), Microsoft se contente pour l’instant d’assurer la croissance de ses franchises Windows et Office. La question à plus long terme est le rôle que le groupe entend jouer sur Internet, dans les moteurs de recherche et la publicité en ligne face à Google ou dans l’Internet mobile face à Apple et à d’autres éditeurs.

Mais il s’agit là de problématiques de long terme. Les positions concurrentielles de Microsoft semblent encore loin d’être remises en question. Le marché pourrait au moins tenir compte de ces éléments en conférant au géant de Redmond une valorisation boursière un peu plus généreuse.