La tartufferie du stress test européen

Le stress test devait évaluer la solidité du système bancaire européen. Encore fallait-il que le test lui-même soit suffisamment solide pour ne pas être mis en doute. Après l’annonce des résultats du test vendredi soir, difficile de voir autre chose qu’une opération de communication. Ratée de surcroît.

Que seulement 7 banques sur 91 n’aient pas « réussi » le test fera difficilement oublier aux investisseurs le fait que la méthodologie retenue pour ce test a en partie tronqué la réalité et n’a pas respecté l’esprit de ce type d’exercice. Les dirigeants et régulateurs européens ont-ils eu peur de réaliser un test sérieux ? Ou l’ont-ils fait et ont-ils obtenu des résultats bien plus alarmants que ceux affichés vendredi soir ?

Soulevons d’abord quelques lacunes et omissions qui interrogent sur le sérieux de l’exercice entrepris. La première interrogation porte sur la sévérité de la récession économique envisagée. En France, par exemple, l’hypothèse d’une rechute (« double dip ») voit le PIB français progresser de 0,7% en 2010 (acquis de croissance selon l’INSEE) et reculer de 0,1% en 2011. Rappelons que la 1ère phase de récession a fait plonger l’économie française de 2,5%, selon l’INSEE.

L’esprit d’un exercice de « stress test » est en général de voir jusqu’où un système (bancaire) peut tenir, donc d’utiliser volontairement des hypothèses pessimistes, y compris si celles-ci peuvent ne pas paraître réalistes. N’aurait-on pas pu retenir une répétition de la récession de 2008-2009. N’oublions pas qu’avant que la récession ne soit jugée l’une des plus graves depuis les années 1930, de nombreux observateurs expliquaient des mois durant qu’une récession grave semblait difficilement envisageable (il en va de même des commentaires sur la solidité du système bancaire à l’époque). L’idée d’un stress test est plutôt de définir un scénario des possibles et de pouvoir s’y préparer. Visiblement, nos « responsables » ont tout fait pour ne pas trop se stresser en stressant le bilan des banques.

L’autre grosse erreur commise (et/ou admise) a été de ne tester qu’une partie du bilan des banques. L’exercice de pertes liées aux obligations souveraines détenues par les banques n’a porté que sur les obligations qu’elles échangent et a exclu les obligations qu’elles détiennent à maturité. En France, les expositions au risque souverain se montaient, selon la Banque de France, à 239 milliards d’euros fin mars, dont 196 milliards au titre du portefeuille bancaire et… 42 milliards au titre du portefeuille de négociation.

Résultat: aucune des grandes banques françaises, qui représentent 80% du secteur bancaire, n’apparaît en difficulté. Ce qui autorise le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, à affirmer que les banques françaises montrent « une fois de plus » leur solidité et leur « résilience » (dans le cas du scénario dit « adverse »). M. Noyer oublie (volontairement) au passage que presqu’aucune banque des pays développés n’a été en mesure de traverser la dernière crise financière sans l’apport de capitaux des gouvernements et de liquidités de la part des banques centrales, le marché interbancaire et de nombreux pourvoyeurs de liquidité des banques ayant subitement disparu. N’oublions pas que M. Noyer fait partie du même sérail que les dirigeants des grandes banques françaises. En défendant la solidité du système, il manifeste sa solidarité à l’égard de ces dirigeants plutôt que la défense de l’intérêt général.

Le vice-président de la Banque Centrale Européenne, Mario Constancio, a justifié l’absence d’un défaut souverain dans le scénario de stress le plus pessimiste en affirmant: « nous ne pensons pas qu’il y aura de défaut ». Et pourquoi pas puisque cette hypothèse est dans le marché depuis des mois. Ne pas avoir retenu les hypothèses les plus pessimistes dans le marché risque de conduire à de sérieuses déconvenues. Cette attitude montre la prudence des responsables européens à faire preuve de transparence à l’égard du marché, des investisseurs et du public en général.

PS: le communiqué de la Banque de France et les informations pour les banques françaises sont disponibles ici.