Il y a quelques mois, les interrogations sur la politique de la Fed étaient de savoir comment et quand allait être mise en œuvre la sortie de la politique accommodante, et notamment l’arrêt du « quantitative easing », des opérations d’intervention sur les marchés obligataires destinées à réduire les taux d’intérêt à long terme, conduisant à une envolée du bilan de la Fed (de 940 à 2.200 milliards de dollars). On parlait alors de « stratégie de sortie ».
Exit la « stratégie de sortie ». Le sévère ralentissement de l’économie américaine, les craintes sur la croissance chinoise, l’envolée du yen et l’endettement public (notamment en zone euro) poussent aujourd’hui la Fed à revoir sa copie et à envisager de nouvelles mesures. C’est ce qu’a déclaré Bernanke lors d’une réunion des banquiers centraux à Jackson Hole, dans le Wyoming, la semaine dernière. (Le discours de Bernanke est ici)
Le Wall Street Journal rapporte que Bernanke envisage plusieurs options, dont celle, improbable d’un relèvement de l’objectif de taux d’inflation de la Banque centrale américaine. Ce taux de référence se situe entre 1,5% et 2%. Les dernières statistiques officielles font état d’une inflation à 1% actuellement aux Etats-Unis. La Fed écarte le risque de déflation et de scénario japonais, mais le ralentissement continu de l’inflation rend cette hypothèse de plus en plus crédible.
Les autres options sont plus « classiques » : reprise des opérations d’assouplissement quantitatif (ie poursuite de l’expansion du bilan de la Fed et activation de la planche à billets) et maintien de bas taux d’intérêts à court terme pour une période plus longue que prévue.
Le problème est que malgré toutes les actions déjà menées, les bénéfices pour la croissance économique américaine sont restés maigres. Le marché de l’immobilier est toujours déprimé (lire cette très bonne analyse de BNP Paribas)
L’économie stagne si l’on en croit l’American Institue for Enterprise, et l’arrêt des différents soutiens n’a pas permis l’émergence du moindre début de reprise économique. Il faut dire qu’il existe de sérieux freins à cette reprise : le taux de chômage est élevé ; les consommateurs préfèrent se désendetter plutôt que de consommer ; et les entreprises hésitent à embaucher au regard de la timidité de la consommation.
Lorsque l’action publique s’arrête, le privé ne prend pas le relais. C’est bien tout le problème. Bernanke avouait vendredi : « les banquiers centraux ne peuvent pas seuls résoudre les problèmes économiques du monde » (ils peuvent en revanche les créer, NDLR). Mais la croyance de la Fed (sa raison d’exister d’ailleurs) est que la politique monétaire peut encore être utile. Avec des taux d’intérêts proche de 0%, un rendement obligataire au plus bas, des actions qui ne parviennent pas à décoller, et l’or physique toujours considéré comme une valeur refuge plus sérieuse que le dollar, les marchés financiers semblent avoir une opinion un peu différente des banquiers centraux.
PS: Reuters a publié une analyse des « options » de la Fed assez intéressante.