Les minutes du comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed) du 10 août, publiées hier, donnent l’impression d’une grande prudence, qui s’explique surtout par une difficulté à comprendre l’évolution de l’économie américaine.
Deux faits en donnent une illustration. Tout d’abord, les dirigeants de la Fed ont dû changer de fusil d’épaule avec la révision des données sur la récession de l’économie américaine. Son ampleur a été plus forte que prévu, selon des statistiques révisées du Bureau of Economic Analysis. En outre, la reprise économique est plus molle qu’anticipé par la Fed (ceci n’est pas une nouvelle). Du coup, comme une sorte de voeu pieu, les dirigeants de la banque centrale anticipent toujours une accélération de la reprise l’an prochain, mais cette « prévision » masque de profondes incertitudes.
La plus importante d’entre elles transpire à la page 6 du compte-rendu. Commentant l’évolution récente du revenu national et la consommation des ménages (principal moteur de l’économie américaine, rappelons-le), la Fed note :
« La consommation s’est contractée plus que prévu au cours de l’année 2008 et du premier semestre 2009, et s’est redressée moins rapidement qu’initialement anticipé, même si le revenu des ménages après impôts s’est accru davantage qu’indiqué par les précédentes statistiques. En outre, ces révisions indiquent que le taux d’épargne des ménages a été plus élevé et a progressé davantage au cours des trois dernières que l’on ne le pensait. Les participants [du comité] ont reconnu que les implications de ces nouvelles données pour les perspectives de l’économie ne sont pas claires [« unclear »]. D’un côté, les données révisées pourraient indiquer que les ménages ont fait plus de progrès pour assainir leur situation financière, ce qui se traduira potentiellement par une plus grande propension à consommer au fur et à mesure de la reprise. D’un autre côté, ces données révisées peuvent signifier que les ménages cherchent à augmenter plus sensiblement la valeur de leur patrimoine, ou ont une démarche plus prudente dans un environnement économique incertain, avec pour résultat une consommation moins soutenue pendant un certain temps. »
L’une des incertitudes sur le comportement à venir des ménages américains est l’évolution du marché de l’immobilier. Un marché de l’immobilier qui reste déprimé depuis un certain temps, avec des prix déprimés et un stock d’invendus toujours très important. Cette situation semble loin d’évoluer tant que les conditions d’octroi de crédit seront toujours difficiles et que les ménages auront toujours en tête leur désendettement plutôt que la consommation ou l’acquisition de biens immobiliers.
Globalement, les responsables de la Fed estiment que les risques sur la reprise américaine ont pris de l’importance. S’ils ne parlent pas encore dans l’ensemble de déflation, un certain nombre d’entre eux évoquent le risque de plus de désinflation, malgré la stabilité des anticipations d’inflation sur le long terme.
Enfin, la Fed semble partagée sur les modalités d’intervention sur les marchés obligataires. Ces interventions étaient destinées à faire baisser les taux à long terme et permettre une reprise de la consommation et de l’investissement immobilier. Ces actions ont certes calmé les investisseurs un instant, sans avoir réellement l’effet escompté sur l’économie. D’où le débat sur les armes restantes dont disposent la banque centrale américaine pour soutenir la croissance avec la fin des politiques de relance budgétaire et fiscale. Or les responsables de la Fed semblent avoir du mal à anticiper les réactions du marché sur un changement de stratégie en matière d’interventions sur les marchés obligataires. L’absence de ligne directrice claire sur ce sujet risque donc d’alimenter la volatilité des marchés financiers.