Où est le risque ?

Question à 1 euro: une action est-elle risquée quand elle est chère ou bon marché ? Si l’on en croit la théorie financière, une action qui a fortement chutée par rapport à un indice est considérée comme très volatile, donc hautement risquée. En jargon financier, elle a un béta élevé. Le béta est en effet considéré comme la principale mesure du risque. Face à un béta élevé, un investisseur demandera une sur-rémunération du risque. Mais ce faisant, cette rémunération plus élevée conduira à exclure de son univers investissable tout un ensemble de titres ou d’actifs financiers n’offrant pas une rentabilité suffisante ou dont l’espérance de cash-flows futurs n’offre pas un TRI satisfaisant.

La Bourse a pourtant ceci d’étonnant qu’un investisseur (broker ou autre) aura tendance à s’intéresser à un titre quand celui-ci a déjà beaucoup monté, bref quand il est cher, plutôt que lorsqu’il a tendance à baisser. En Bourse, les lois classiques de l’économie (la demande est une fonction inverse du prix) semblent avoir perdu toute prise. Et ce n’est pas nouveau. Les investisseurs particuliers (mais aussi certains institutionnels ou fonds de pension) ont toujours eu tendance, de peur de louper le train, à s’exposer aux actifs à risque généralement une fois qu’une bonne partie de la hausse a été réalisée. On peut totalement inverser le raisonnement pour les cas de correction boursière.

Depuis cet été, le krach sur les marchés a pris de plus en plus d’importance au point d’ouvrir de nombreux JT (un signal plutôt contrariant de mon point de vue). A force de lire et d’écouter les « experts » (toujours les mêmes bons clients d’ailleurs), on en vient à se convaincre que les actions sont devenues le pire des actifs à détenir, en raison des risques d’implosion – hier d’une banque (Lehman), aujourd’hui d’un Etat (la Grèce) – aux conséquences systémiques inconnues (enfin moins inconnues aujourd’hui qu’en 2008-sauf à considérer la fin de la zone euro). La dernière enquête de Merrill Lynch auprès des gestionnaires professionnels confirme ce point de vue pessimiste.

Plus personne ne semble vouloir entendre parler de la Bourse, alors que les indices sont en chute libre… Plus personne ? Vraiment ? Avez-vous lu le dernier rapport trimestriel de Berkshire Hathaway (qui fait apparaître une augmentation des investissements en actions au cours du premier semestre, mouvement qui s’est poursuivi durant l’été) ? De même, dans son dernier memo, Howard Marks, le patron du fonds d’investissement Oaktree Capital, observe:

« I never cease to marvel, and complain, about the way investors flip-flop – focusing on just the positives at one moment and just the negatives at another – and the speed at which they do it. »

L’un des mots d’ordre de la Bourse et de nombreux observateurs est que toute analyse fondamentale serait inutile. Si la macro-économie pilote tout, pourquoi diable s’intéresser aux résultats des entreprises, qui de toute façon vont plonger, puisque c’est ce que le marché anticipe? C’est peut-être vrai.

Mais l’analyse fondamentale a son utilité, ne serait-ce que pour essayer d’évaluer ce que le marché intègre à propos d’un titre à un instant donné. Plutôt que de fuir la Bourse, de nombreux investisseurs devraient plutôt garder leur sang et se retrousser les manches. Pour reprendre l’adage de Benjamin Graham, Mr Le Marché est aujourd’hui prêt à céder pour une bouchée de pain des titres qui valent certainement beaucoup plus. Un investisseur prudent avec un horizon de temps suffisamment long (3 ans et plus) a toutes les raisons de rentrer sur le marché sur les cours actuels. Encore une fois, en Bourse, trop peu de gens appliquent les lois basiques de l’économie. Un tort à mon humble avis.

Pour compléter, je rajoute ce graphique (pour rappel) trouvé sur la page des commentaires de stratégie de Jeff Saut, de Raymond James (un must read de manière général…).

Les états psychologiques de Mr Le Marché

source: Jeff Saut, Raymond James

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