Après la Grèce, le pétrole (2/3)

A partir de quand le pétrole pénalise-t-il la croissance mondiale ? Quelle stratégie adopter pour un investisseur ? Voilà des questions qui deviennent particulièrement aigües lorsque le baril de pétrole frôle des records historiques.

Les effets sur l’économie

Sur l’économie, les éléments de réponse sont assez bien cadrés. Les économistes d’UBS pour l’Europe estiment qu’une hausse persistante de 10 dollars du baril de brut ampute 0,2 à 0,3 points à la croissance économique européenne. Une estimation qui ne tient compte que de l’hypothèse d’un choc d’offre, souligne UBS.

Au niveau mondial, Exane a établi plusieurs scénarios (tableau):

Source: Exane BNP Paribas

L’an dernier, les analystes de Bank of America Merill Lynch estimaient qu’au-delà de 115 dollars le baril, la croissance économique mondiale était menacée (le prix moyen du Brent était de 111 dollars environ en 2011, et de 116 dollars sur le seul deuxième trimestre).

Dans un cas de forte hausse de l’or noir, les économistes s’accordent à dire que ce sont les pays émergents qui souffriraient le plus, au regard du poids de l’énergie dans le budget des ménages. Mais l’impact sera bien global, au regard des effets négatifs du pétrole sur la confiance des ménages et des entreprises, qui entraînerait mécaniquement une révision en baisse des prévisions de croissance mondiale.

L’impact sur les Bourses internationales

Pour les marchés actions, l’histoire révèle des comportements très différents selon les secteurs. Les stratégistes d’UBS montrent que certaines les valeurs de l’énergie, les mines et certaines cycliques (biens d’équipement, semi-conducteurs) tendent à profiter d’une hausse du baril. A l’inverse, les titres défensifs de la santé, l’alimentation, les biens de consommation courante, ainsi que la distribution sont affectés (graphique). On peut aussi comparer ces résultats avec ceux établis l’an dernier par JPMorgan.

Source: UBS, "European Equity Strategy", 2 mars 2012

Exane calcule qu’un baril à 140 dollars se traduirait par une contraction de 6% des bénéfices des entreprises européennes en 2012 (contre une prévision de -3%). A 160 dollars, la baisse des profits atteindrait 11%. Le courtier observe en outre:

« Il est intéressant de noter qu’un choc d’offre non seulement réduire nos estimations de bénéfice par action pour 2012, mais de plus réduire le potentiel de rebond en 2013. La raison est le décalage dans le temps entre la hausse du pétrole et son impact sur l’économie. »

Actuellement, l’impact d’un choc de l’offre n’est pas vraiment pris en compte par le marché. Sa réaction pourrait être donc particulièrement négative. D’autant plus que depuis le début de l’année, ce sont des secteurs particulièrement sensibles au pétrole (automobile par exemple) qui affichent les plus fortes hausses en Bourse.

Quelle allocation d’actifs?

Un choc d’offre sur le marché pétrolier est le scénario le plus défavorable à l’ensemble des actifs risqués (actions, marchés émergents, haut rendement). En effet, dans un tel contexte, les investisseurs opéreraient une fuite vers la qualité (« fly to quality ») en se précipitant sur les valeurs refuge traditionnelles (franc suisse, yen, or, dollar) voire sur certaines devises comme la couronne norvégienne.

De fait, les titres offrant une protection immédiate contre le risque inflationniste seraient sans doute eux aussi prisés (obligations indexées sur l’inflation par exemple). Il ne faut toutefois pas tirer de conclusions trop hâtives, avertissent HSBC ou Bank of America Merrill Lynch. HSBC observe que certaines devises « à risque », comme le dollar australien pourraient profiter d’un or noir plus cher. Chez Merrill Lynch, on note en outre que certaines catégories d’actions (russes par exemple) pourraient profiter d’une hausse du prix du Brent.

En outre, face au risque de rechute de l’activité, les banques centrales ne resteraient sans doute pas inertes, ce qui pourrait favoriser certains titres de crédit dans la catégorie « investment grade ».

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