En annonçant la suspension d’un programme de recherches cliniques sur un possible relais de croissance, Ipsen jette un nouveau doute sur sa stratégie et touche un plus bas historique. L’occasion de s’intéresser au dossier.
L’annonce a fait l’effet d’une douche froide pour les actionnaires d’Ipsen. Le laboratoire pharmaceutique a annoncé la suspension des essais cliniques d’IB1001, un produit développé en partenariat avec Inspiration Biopharmaceuticals Inc, destiné au traitement préventif et en phase aiguë des saignements chez les patients atteints d’hémophilie B.
Le potentiel de chiffre d’affaires de ce produit est estimé à 110 millions d’euros (10% des ventes du groupe). Surtout, il constitue, avec OBI-1, le socle de développement d’une nouvelle classe thérapeutique pour Ipsen (par ailleurs actionnaire de référence d’Inspiration). Le risque est soit un retard dans le développement d’IB1001, soit son arrêt.
La sanction boursière est sévère : -11% à 17,7 euros, ce qui valorise la firme à un peu plus d’une fois les fonds propres. Face à ce genre de nouvelle, les questions que devrait se poser un investisseur sont : cet incident est-il problématique à long terme ? Cela donne-t-il un indice d’une impasse stratégique dans laquelle l’entreprise se trouverait ?
A lire les commentaires de différents brokers ce matin, on se rend compte que la nouvelle, aussi mauvaise soit-elle, ne signifie pas un arrêt de mort de l’entreprise. Il faudra déjà attendre plusieurs mois avant de savoir si la stratégie du groupe dans l’hémophilie subit un revers sérieux ou pas, sachant que l’accord avec la biotech américaine Inspiration était la pierre angulaire de la stratégie du groupe dans cette nouvelle classe thérapeutique.
Voici par exemple ce qu’en dit Arnaud Guérin, analyste chez Portzamparc :
« Ce programme clinique fait partie du portefeuille de produit d’Inspiration, dédié à l’hémophilie, dans lequel Ipsen a pris une participation de 20% et s’était vu attribuer des obligations convertibles permettant de porter cette participation à 29% dans un second temps. (…) L’objectif de ce partenariat était, pour Ipsen, de confier le développement d’OBI-1 à une société spécialisée dans l’Hémophilie. Pour Inspiration, ce produit venait compléter un portefeuille en développement dans cette indication. Cette association devait permettre la constitution d’un portefeuille de produit complet couvrant tous les aspects de l’hémophilie devant intégrer Ipsen, à terme.
L’impact économique sera limité pour Ipsen puisque le management avait déjà enregistré d’importantes dépréciations en 2011 (63M€) afin d’annuler la valeur des actions détenues et d’une partie des obligations émises. »
La réaction du marché, au regard de ces éléments, est peut-être excessive. Depuis le début de l’année Ipsen chute de 27%. Certes cette nouvelle interroge le futur lointain du groupe et sans doute la capacité des dirigeants à offrir des perspectives.
En attendant, Ipsen, c’est aussi d’autres classes thérapeutiques avec des produits phares (oncologie-Décapeptyl, endocrinologie-Somatuline, neurologie-Dysport). Ces 3 produits représentent 58% des ventes du groupe (chiffres 2011). Leurs perspectives de développement ne semblent pas remises en question.
Regardons maintenant la valorisation. Sans même tenir compte du potentiel d’activité dans l’hémophilie, on peut estimer la valeur intrinsèque du titre autour de 29 euros. Ce qui signifie qu’à moins de 18 euros, l’action Ipsen présente sans doute une grande marge de sûreté.
Ipsen a certes besoin de démontrer qu’elle a une stratégie claire et créatrice de valeur sur le long terme. Mais elle détient déjà des actifs qui assure un minimum de création de valeur. Un fait que le marché semble avoir oublié.
