Peugeot : un échec familial

Depuis 10 ans, les difficultés récurrentes de l’entreprise PSA-Peugeot-Citroën ont coûté leur emploi à un nombre significatif de dirigeants et encore plus important de salariés (sans parler des effets indirects sur les sous-traitants). Pendant tout ce temps, on s’est rarement posé la question du rôle joué par la famille Peugeot dans la débâcle du deuxième constructeur automobile en Europe.

Le plan de restructuration annoncé aujourd’hui ne fait qu’entériner ce que l’on sait depuis des années. PSA paie les erreurs stratégiques répétées dans des domaines aussi variés que les plans produits et l’innovation/R&D, le dimensionnement de l’outil industriel et bien sûr, les coûts (on peut lire la réaction de Stéphane Lauer du Monde au plan de restructuration de PSA, qui pose la question plus générale de la compétitivité-coût en France).

Ces choix ont été validés par le conseil d’administration où la famille Peugeot règne sans apparente contestation et où certains administrateurs présentés comme indépendants sont d’anciens salariés de l’entreprise (on imagine leur capacité à prendre du recul ou à aller à l’encontre des voix familiales).

Depuis 2002, PSA a versé près de 2,5 milliards d’euros de dividende en cash à ses actionnaires. Bon an, mal an, la famille Peugeot a capté son écot de dividendes sans parler des jetons de présence. Elle a certes accepté de se « serrer la ceinture » en 2008, 2009 (années de récession de l’économie mondiale) et l’an dernier. Mais c’était plus sous la contrainte d’une rentabilité qui n’a cessé de se dégrader : 5,3% de marge opérationnelle au niveau du groupe en 2002 ; 2,2% l’an dernier. L’année 2012 ne s’annonce encore plus dramatique (le consensus des analystes prévoyait 1,1% avant les indications financières données ce matin par le groupe).

Or c’est bien le coeur du problème. PSA ne sait pas fabriquer des voitures qui lui font gagner de l’argent. Visiblement l’injection de « sans neuf » à la direction du constructeur automobile ne lui a pas permis d’engager une stratégie conquérante et de réduire sa dépendance à un marché européen mal en point.

Au-delà des réactions syndicales, politiques et des citoyens qui peuvent se sentir concernés par l’attrition du tissu industriel français lié à l’automobile, le gouvernement serait peut-être inspiré de convoquer le clan Peugeot et lui demander s’il a réellement une once de solution pour sortir l’entreprise de l’ornière dans laquelle elle se trouve depuis trop longtemps.

PS: ceux qui veulent aller plus loin peuvent aussi lire cette analyse d’un ancien dirigeant de Citroën, ainsi que ce papier publié hier sur le site de LaTribune.fr.

En complément, voici l’évolution du tissu industriel de PSA entre 2005 et 2011, avec la production de véhicules et les modèles produits par usine.

Source: Documents de référence de PSA Peugeot-Citroën

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