Multitude de risques autour d’une fusion EADS-BAE Systems

Plusieurs observateurs ont souligné tous les intérêts d’une fusion entre EADS et le britannique BAE Systems. Le premier se renforcerait d’un seul coup dans la défense et sur le marché nord américain, où il est peu présent. Le second accèderait à de nouveaux marchés tout en réduisant les coûts de certains programmes (Typhoon).La fusion donnerait naissance à un groupe bien plus gros que son rival Boeing (84 milliards d’euros en 2013 selon les estimations d’Exane BNP Paribas contre 67 milliards pour l’américain).

Source: Exane BNP Paribas

Ce géant, au profil mieux équilibré entre les activités de défense et d’aéronautique civile, serait contrôlé à 60% par les actionnaires d’EADS et à 40% par ceux de BAE Systems, sous réserve d’accord de ses actionnaires de référence (l’Etat français, Lagardère, Daimler). Il pourrait constituer le fer de lance de l’industrie de la défense européenne, qui manquait cruellement de consolidation. Il serait sans doute mieux à même de faire face aux contraintes budgétaires qui pèsent sur les budgets militaires de nombreux pays développés.

Mais l’opération n’est pas dénuée de risques en termes d’exécution de la fusion, de répartition des rôles au sein de l’équipe de direction, alors que les synergies de fusion attendues devraient être bien maigres.

Exane les estime entre 300 et 450 millions d’euros en première approche, ce qui n’aurait qu’un faible impact sur le résultat opérationnel des deux groupes (3-4% pour EADS en 2014; 4-7% pour BAE Systems). Un montant somme toute très limité au regard de la taille de l’entité consolidée, mais qui s’explique par la faiblesse des synergies en matières d’achats de composants et l’approche domestique des marchés de défense.

En termes de valorisation boursière, peu d’éléments sont connus pour l’instant. Selon Exane, l’entité combinée contrôlée par EADS et BAE Systems serait valorisée à 10,2x son résultat, contre 11,1x pour Boeing, soit une décote de 10% (elle est actuellement de 15% pour EADS vs Boeing et de 30% pour BAE Systems). A terme, cette décote de valorisation ne disparaîtrait pas, car les marchés de défense restent très fragmentés en Europe, alors que Boeing sert essentiellement le seul marché américain, plus gros budget de défense au monde.

Le plus gros risque, c’est finalement que le « deal » n’aboutisse pas. Exane voit une probabilité de réussite entre 60% et 70%. Le risque antitrust serait limité. Selon Reuters, les deux parties ont déjà eu de nombreux échanges avec les autorités américaines (où EADS est peu présent; BAE est le 6ème fournisseur du département américain de la défense). L’autre risque serait que les actionnaires ne se mettent pas d’accord sur la parité proposée (60/40).

Avant l’annonce, l’équilibre entre les deux titres se situait à 65/35, selon Exane. Après l’annonce de mercredi, il évoluait plutôt vers 61/39. A la clôture, la parité d’échange était de 6,1056 actions BAE Systems pour 1 EADS. Mais cette frontière va beaucoup bouger au fil des jours, au fur et à mesure que les investisseurs en sauront plus sur les chances de réussite de l’opération et ce qu’il y a à gagner ou à perdre de chaque côté de la transaction.

A lire

Un excellent papier publié par Reuters, et l’analyse de Bloomberg, auteur du scoop qui a fait bondir BAE de plus de 10% hier à la Bourse de Londres.

 

 

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