« Originate to Distribute »: un changement de modèle qui coûterait cher aux banques françaises

Depuis plusieurs mois, les dirigeants de plusieurs groupes bancaires français défendent mordicus le modèle de la banque universelle. La mise en place de la nouvelle réglementation bancaire, dont l’objectif est de réduire les prises de risque, pousserait les banques et le financement de l’économie vers davantage de désintermédiation, avertissent-ils… Plus de financement de marché, donc plus de risque pour l’économie.

Ce modèle a un nom: « originate-to-distribute ». Les analystes d’Oddo Securities en ont modélisé l’impact sur le compte de résultat des grandes banques françaises. Dans l’ensemble, ils estiment dans une étude publiée aujourd’hui qu’il faudrait s’attendre à une baisse de 12% à 18% des profits des banques (graphique).

Source: Oddo Securities

« Ce changement de modèle devrait aussi accentuer la différenciation entre les banques qui disposent déjà d’une taille critique en termes d’origination et de distribution (BNP Paribas) et celles qui devront se spécialiser (produit/secteur/pays), telles Natixis et de manière moins certaine CASA et Société Générale, préférant des réductions de voilure à des investissements trop importants pour rattrapper les leaders. »

Qu’est-ce qui changerait fondamentalement? La réglementation en cours de discussion (Bâle 3) impose aux banques de disposer de plus de fonds propres qu’elles n’en ont actuellement face aux risques de défaut des financements qu’elles accordent. Bâle 3 impose également de nouvelles contraintes en matière de risque de liquidité.

Les établissements bancaires doivent changer de modèle. De l’octroi au portage du crédit sur leur bilan (« originate-to-hold »), elles arrangent désormais des financements qu’elles transfèrent par la suite à des investisseurs – qui cherchent des sources de revenus sur le long terme. Le risque des prêts/financements est ainsi transféré au marché, ce qui suppose que les investisseurs comprennent ce qu’ils achètent (la crise des subprime de 2007 a été l’exemple type d’une situation où les prêts achetés par les investisseurs n’étaient pas du tout compris par ces derniers).

Pourquoi cela est-il si important pour les banques françaises ? Parce que leurs activités de financement et d’investissement (« BFI ») ont en matière d’activités à risque un poids dans le bilan des banques équivalent à celui des activités plus « classiques » de réseaux de détail.

Selon Oddo, un changement de modèle serait à la fois une source de risques (pertes de revenus, difficulté à placer certains produits complexes auprès des investisseurs, difficulté à « originer » des opérations), et d’opportunités. Certaines banques pourraient ainsi choisir de se spécialiser. Elles réduiraient ainsi la voilure, mais seraient en mesure de générer une plus forte rentabilité des fonds propres.

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