Le thème du rendement reste apparemment d’actualité, estime Hugues de Montvalon, chez Oddo Securities… Même si l’on doit rappeler qu’au cours du rally qui a démarré en juin dernier, ce sont surtout les valeurs financières et les cycliques qui ont profité de regain d’intérêt des investisseurs pour les actifs risqués.
« Après les annonces de la BCE et de la Fed, nous savons que les taux administrés resteront durablement bas en Europe et aux États-Unis. Pour avoir du rendement, il faudra savoir prendre des risques. Dans ce contexte, nous restons investis sur les marchés de la dette d’entreprise et sur les actions qui offrent toujours des perspectives intéressantes.
L’inéluctable n’est pas toujours ce que l’on pressent, c’est parfois l’inattendu qui arrive. Le monde financier a largement eu l’occasion ces dernières années de méditer cette perception. Et cette année, l’inattendu a pris la forme éminemment sympathique d’une envolée de 10% des principaux indices boursiers.
Au début du mois d’août, les investisseurs se sont aperçus qu’ils nourrissaient un pessimisme excessif quant à l’évolution de l’économie mondiale. Certes, les perspectives sont loin d’être brillantes, la Chine ralentit, l’Europe est en récession et la croissance américaine laisse à désirer. Toutefois, comme nous l’indiquions au mois de juillet, tout ceci est connu et n’atteint pas non plus des proportions catastrophiques. Le FMI prévoit une hausse de la production mondiale de 3,5% en 2012 ; les économistes de Oddo Securities tablent pour leur part sur une avance de 3,0%. Sauf accident, ces prévisions ne seront pas fondamentalement remises en cause. Ce n’est pas fameux, mais cela suffit largement à notre bonheur d’investisseur.
La BCE éloigne le spectre de la crise systémique
Les interventions successives de la BCE et de la Fed dans la première quinzaine de septembre ont donné un nouvel élan aux marchés financiers. La BCE a annoncé qu’elle allait acheter en quantité illimitée les emprunts d’Etat des pays européens qui feront appel aux mécanismes d’aide européens EFSF/MSE. Cette décision ne résout pas le problème de la solvabilité des pays périphériques ; en revanche, elle répond à la question cruciale que nous nous posions depuis des mois : qui va acheter la dette publique italienne / espagnole / portugaise…? On connaît maintenant la réponse : la BCE. Le risque d’un choc systémique lié à la disparition de l’euro est désormais pratiquement nul sur les six prochains mois. Il demeure important à moyen terme, mais la BCE a rempli son rôle ; aux politiques de remplir le leur maintenant.
Ben Bernanke, le patron de la Réserve Fédérale, a pour sa part annoncé un troisième round d’assouplissement monétaire quantitatif. La Réserve Fédérale achètera 40 milliards de dollars d’obligations chaque mois, en particuliers des emprunts hypothécaires. Bernanke estime que l’économie américaine souffre d’un déficit de demande et qu’il est du devoir de la banque centrale de stimuler cette dernière. Comme le signale Martin Wolf, l’éditorialiste du Financial Times, on ne sait pas si cette politique marchera, mais on est quasiment sûr que ne rien faire serait encore pire.
Chercher du rendement : 1/ les obligations du secteur privé
A l’issue de cette séquence, nous avons une certitude : les taux resteront bas en Europe et aux États-Unis pendant encore longtemps. On n’en a pas fini avec le monétaire à 0% ! Dès lors, il faut se rendre à l’évidence, si l’on veut du rendement, il faudra prendre des risques. Lesquels ? Une chose est claire : nous n’étions pas acheteurs d’emprunts d’Etat américains, français ou allemands ; nous le sommes encore moins aujourd’hui alors que la rémunération offerte couvre à peine l’inflation sur le long terme.
Dans le segment des marchés de taux, il nous semble que les emprunts du secteur privé offrent encore un bon couple rendement/risque. Le fonds Oddo Haut Rendement 2017 propose une espérance de rendement de 6% ; les gestionnaires de fonds américains tablent sur des rendements supérieurs à 6% sur le segment des obligations privées risquées. Bien sûr, ces placements sont risqués : nul ne peut assurer qu’il n’y aura pas de défaut sur ce type d’actifs. Néanmoins, si notre scénario de croissance molle est avéré, ce genre de placement ne devrait pas connaître trop de problèmes.
Chercher du rendement : 2/ les actions
Les marchés actions continuent, à notre avis, d’offrir des perspectives intéressantes, notamment les actions européennes. Malgré la hausse estivale, le marché actions européen reste encore à des prix abordables puisque l’indice EuroStoxx 600 se paie 11 fois les résultats estimés de 2013 et offre un rendement du dividende de l’ordre de 4%. C’est sans doute un peu plus cher qu’au mois de juillet, mais comme nous l’avons dit plus haut, le risque de crise systémique est devenu nettement moins élevé.
Nous n’avons néanmoins pas augmenté notre exposition aux actions. Nous avons trop d’interrogations sur la croissance mondiale et sur l’évolution des bénéfices des sociétés à l’horizon 2013 pour être totalement sereins. En revanche, au sein des actions, nous augmentons notre profil de risque puisque nous élevons la part des financières, banques et assurance. En l’absence de crise sur la zone Euro, le potentiel de rattrapage de ce secteur est encore très important. »
