Alcatel-Lucent absorbé par le trou noir du désintérêt boursier

De plus en plus insignifiant. L’équipementier Alcatel-Lucent, qui a depuis plusieurs jours franchi à la baisse la barre symbolique des 2 milliards d’euros de capitalisation boursière, a touché aujourd’hui un plus bas de 0,761 euro l’action, soit 1,77 milliard d’euros de valorisation en Bourse. C’est la lanterne rouge du CAC 40. A ce rythme, on peut se demander si lors de la prochaine révision des indices, Alcatel-Lucent ne risque pas une nouvelle fois de se faire sortir du « prestigieux » indice parisien.

Depuis quelques jours, les notes de brokers extrêmement prudentes pour ne pas dire pessimistes se multiplient. Elles alertent sur la situation précaire de l’équipementier de télécommunications en matière de génération de trésorerie.

« Alcatel-Lucent va devoir explorer des options de refinancement avant 2015 (…) avec de possibles conséquences dilutives pour les détenteurs d’actions », prédit Exane BNP Paribas dans une note publiée ce mardi 9 octobre.

Le courtier met en avant une détérioration plus importante que prévu de la marge brute, un indicateur important d’efficacité de l’entreprise. Le groupe a réagi par de nouvelles mesures d’économies, mais ces efforts sont neutralisés par la hausse du dollar face à l’euro (puisque 35 à 40% de la base de coûts d’Alcatel-Lucent est localisée aux Etats-Unis ou dans des pays liés au dollar).

Le groupe publiera ses résultats du 3è trimestre le 2 novembre. Pour Credit Suisse, l’activité du groupe rebondit légèrement aux Etats-Unis, mais recule en Europe et en Asie-Pacifique. La chute du taux de marge brute est également identifiée comme un problème central, en particulier dans les métiers les plus rentables du groupe (CDMA aux Etats-Unis) tandis que la concurrence des acteurs chinois (Huawei, ZTE) ne diminue pas en intensité.

Face à cette détérioration des comptes, les investisseurs restent focalisés sur la situation de liquidité du groupe. Ses lignes de crédit devraient s’épuiser au cours du premier semestre 2013 alors que d’importants besoins de refinancement apparaîtront: 710 millions d’euros avant la mi-2013, 585 millions en 2014 et 1 milliard début 2015.

Dans une étude datée du 1er octobre (assortie d’une dégradation du titre à « vendre »), UBS estime même qu’Alcatel-Lucent va devoir vendre certains actifs pour payer ses créanciers. Une opération qui sera une nouvelle fois défavorable aux actionnaires du groupe. Selon la banque suisse, pour ne plus brûler de cash (c’est-à-dire avoir un free cash flow à l’équilibre), Alcatel-Lucent devrait être capable d’afficher une marge opérationnelle de 6%. Un objectif que beaucoup jugent hors d’atteinte, puisque le consensus table sur 2,7% l’an prochain et 3,4% en 2014…

Source: UBS

UBS, tout comme Goldman Sachs, estime la valeur intrinsèque du titre à 0,60 euro. Un niveau de valorisation particulièrement faible, mais que tous les courtiers cités justifient par des craintes croissantes sur la liquidité de l’entreprise. Le problème n’est pas nouveau, puisque Natixis avait été l’un des premiers brokers à souligner son importance. Mais à chaque phase d’incertitude sur l’économie ou de réduction des budgets d’investissement des opérateurs télécoms, le marché s’interroge sur la capacité d’Alcatel Lucent à encaisser de tels chocs et à trouver le moyen de sortir du cercle vicieux dans lequel le groupe est emprisonné depuis de nombreuses années.

 

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