Vendredi dernier, on apprenait l’existence d’un projet de rapprochement entre Opel, filiale déficitaire de General Motors et PSA Peugeot-Citroên. Une opération qui semble logique dans un contexte de surcapacités au sein de l’industrie automobile européenne. Mais qui profiterait sans doute plus au constructeur américain qu’à son homologue français, même s’il n’est pas dénué de gros risques (politiques entre autres).
C’est en tout cas l’avis de plusieurs courtiers qui ont fait part de leur réaction aujourd’hui. « Peu réjouissant » selon Florent Couvreur, chez CM-CIC Securities. « Nous comprenons l’intérêt pour GM qui pourrait finalement se désengager (voire se débarrasser…) d’Opel (…). GM pourrait ainsi isoler ses actifs les plus déclinants dans une autre société. » Outre la solution comptable (déconsolidation), ce serait pour GM le moyen de repasser la patate chaude à la nouvelle coentreprise, avec tous les problèmes de coordination et de gouvernance qu’implique une JV à 50/50.
François Maury chez Oddo Securities juge le projet « probable, logique, mais prématuré ». Il « serait très risqué/défavorable pour PSA qui devrait assumer les risques/coûts de restructuration du nouvel ensemble. » Rappelons qu’Opel perd environ 1 milliard d’euros par an et qu’une restructuration du constructeur automobile représenterait une dépense cash de 4,5 milliards de dollars selon Barclays.
Les analystes de la banque anglaise s’interrogent sur les modalités de contrôle de la JV (l’entreprise contrôlant la coentreprise étant celle qui consoliderait les pertes d’Opel dans un premier temps, ainsi que les dettes financières et sociales…). Pour contourner ce problème, les deux constructeurs pourraient faire appel à un troisième investisseur qui pourrait détenir 10% de la JV, ce qui leur permettrait ne pas avoir à la consolider. Reste à trouver ce troisième larron.
Reste la question de la soulte que devrait verser GM à Peugeot pour que ce dernier accepte de prendre le risque industriel attaché à un tel projet. Certains médias ont évoqué une somme de 5 milliards de dollars en plus des coûts de restructuration.
CM-CIC évoque une possible mise en Bourse de la JV. Mais, en supposant que les conditions de marché le permettent, qui voudrait investir dans un tel véhicule boursier? Certains brokers ont estimé il y a plusieurs années que les seules périodes où il était intéressant d’investir dans le secteur coïncider avec des phases de restructuration. Une situation difficilement conciliable lorsqu’on sait que la Bourse accepte difficilement d’accueillir une société qui affiche des pertes (sauf dans de rares secteurs où cela peut faire sens comme les biotechnologies).
On n’a pas non plus évoqué le coût social et politique d’une restructuration d’Opel. Une opération d’autant plus délicate à gérer que l’Allemagne connaîtra d’importantes échéances électorales en 2013.
A se demander au final si cette annonce n’a pas constitué une manière (habile ou involontaire) de tester l’idée sur le marché et de préparer les politiques à de nouvelles opérations de concentration d’envergure dans l’industrie automobile européenne.
