Gestion de la crise : les Occidentaux ne font pas mieux que les Japonais

5 ans après le début de la crise financière, le constat est cinglant: les responsables politiques occidentaux, qui nous promettaient une gestion de la crise plus rapide que ne l’ont fait les Japonais il y a plus de 20 ans, doivent constater l’échec de leur action. L’Europe connaît sa deuxième récession depuis le début de la crise des subprimes. La situation des pays « aidés », comme la Grèce, est catastrophique. Et l’espoir d’une sortie de crise semble bien lointain, tant qu’un traitement de choc voulu par les dirigeants n’aura pas été envisagé, comme ce fut le cas en Islande ou en Suède dans les années 1990.

Les dirigeants occidentaux donnent l’impression d’avoir gagné du temps, aidés en cela par l’action des banques centrales (Fed, BCE, Banque d’Angleterre). En injectant des quantités massives de monnaie dans le système financier, elles ont certes contenu le risque déflationniste. Mais l’excès d’endettement n’a que peu reflué, en particulier en Europe. Il touche à la fois les Etats européens et le secteur bancaire (cf ce document synthétique sur le secteur bancaire européen).

L’Europe reste donc enfermée dans un cercle vicieux de nombreuses fois évoquées sur ce blog – une récession par le bilan – et qu’illustre parfaitement le graphique suivant, proposé par la banque privée Lombard Odier (même s’il se place dans une perspective historique plus longue).

Source: Lombard Odier

L’action des banques centrales a certes permis aux dirigeants européens d’avancer sur le front de la réforme des institutions. Mais la méthode qui consiste en gros à traiter un problème de solvabilité par des injections massives de liquidité, semble voué à l’échec, estime Samy Chaar, stratégiste au sein de la banque suisse.

Les mesures « conventionnelles » de politique économique – relance de la croissance par une politique d’offre, austérité budgétaire ou transferts entre pays de l’Union européenne ou entre états américains – sont inefficaces. Restent les mesures « non conventionnelles »: défaut ordonné couplé à une restructuration de la dette et activisme monétaire (expansion massive de la base monétaire). Jusqu’ici, c’est cette deuxième solution qui a été retenue.

De nombreux pays de la zone euro sont dans une situation « d’insoutenabilité fiscale » : la croissance de la charge de la dette reste supérieure à celle de l’économie. Dans ces conditions, difficile d’envisager un désendettement significatif et un reflux durable du stress sur les marchés financiers.

D’autre part, la création monetaire de la part des banques centrales ne relance pas le cycle du crédit, puisque cette monnaie reste sur le bilan des banques, comme cela a été expliqué ici même (cf notre dernière lettre hebdo).

Le problème de fond n’est donc pas traité. Les banques refusent de se désendetter. La seule solution est d’envisager de réduire le niveau des dettes publiques par l’inflation (qui gonfle mécaniquement le PIB). Cette solution de facilité pénalisera l’ensemble des agents économiques, alors que la crise est d’origine bancaire. L’alternative serait un défaut organisé qui permettrait d’apurer  plus rapidement la situation financière des Etats et des banques, en ne mettant à contribution que leurs apporteurs de fonds (actionnaires et créanciers).

Cette solution aurait l’intérêt d’apurer plus rapidement la situation et de permettre un retour à un trend de croissance plus « normal », en tout cas non financé par l’endettement, comme ce fut le cas à partir du début des années 1980.

Source: Lombard Odier

Tout ce qu’il faut, c’est suffisamment de volonté politique de la part des dirigeants occidentaux pour s’attaquer plus décisivement au problème de surendettement.

De nombreux pays ont récemment appliqué cette méthode: c’est notamment le cas de l’Islande. Plus lointain de nous, la Suède ou le Canada montrent que cette approche, plus douloureuse à court terme, permet de retrouver une trajectoire plus soutenable et de ne pas étaler dans le temps un problème somme toute assez grave.

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