Scénario macro-économique: l’austérité toujours et encore

Quand passera-t-on le pic d’austérité? En Europe, cette année, selon les économistes de Deutsche Bank. Aux Etats-Unis, en revanche, il faudra sans doute attendre l’an prochain. Chez JPMorgan, on estime que la « falaise fiscale » coûtera 1 point de croissance à l’économie américaine en 2013. La patate chaude de l’austérité devrait donc traverser l’Atlantique, ce qui ne donnera peut-être qu’un demi-bol d’air aux européens.

Le signal est néanmoins plutôt positif, comme l’expliquent les spécialistes de Deutsche Bank:

« …big fiscal adjustments have already been achieved in the crisis peripherals. Between 2010 and 2012 the average primary budget deficit in the GIIPS countries has fallen from 9.4% of GDP to 1.6% of GDP. The challenge is to soften the cost of adjustment with growth-enhancing structural reforms while maintaining social and political cohesion for the adjustments themselves and the vehicles that finance them (ESM, OMT, direct recapitalisation).
The market wants substantial integration, best exemplified by fiscal union and debt mutualisation. Europe’s capacity for integration is better described as slow and gradual. Yet the bias for integration is there, with initiatives such as the ESM, EU Project Bonds and banking union/direct recapitalisation set to be complemented, according to press reports, by a common euro area budget. Europe cannot be criticised for failing to understand that a more integrated model for the single currency is a more sustainable model. »

Doit-on se réjouir pour autant ? Pas si sûr. En Europe, le mouvement de réduction des déficits est particulièrement lent. Le déficit public de la zone euro devrait passer de 4,2% en 2011 à 3,2% cette année, puis 2,6% et 2% du PIB en 2013 et 2014 respectivement. Certes, cela placera la zone euro en phase avec les critères de Maastricht (dont on débat de plus en plus âprement et certainement avec raison la pertinence).

La seule bonne nouvelle est la reconnaissance par les autorités monétaires internationales (FMI en tête) que les plans d’ajustement imposés aux pays de la périphérie sont sans doute trop violents et que les modèles économiques qui les sous-tendent sont mal calibrés. On en veut pour preuve cette reconnaissance (tardive!) que le multiplicateur fiscal est sous-estimé: de 0,5x, il serait plutôt compris entre 0,9x et 1,7x!! L’erreur d’estimation serait en partie liée aux stress observés sur la dette souveraine qui a fait bondir le coût du crédit, limitant la capacité d’action des Etats pour soutenir l’économie. On comprend dès lors pourquoi les responsables du FMI acceptent l’idée de donner plus de temps aux pays d’Europe du Sud pour assainir leurs finances publiques.

Voilà une façon de voir le verre à moitié plein. La posture opposée est adoptée par les économistes de Barclays, dont les dernières prévisions ne sont guère optimistes (3,5% de croissance du PIB réel mondial l’an prochain dont 2% aux Etats-Unis, 0,3% en zone euro et 5,6% dans les pays émergents). Barclays pointe notamment la contraction des enquêtes de confiance, la dégradation du commerce international ou des ventes de détail,

Il faut dire que le cycle de désendettement n’est guère avancé (graphique), ce qui soulève la question du rythme et de l’intensité de résolution de la crise financière actuelle.

Source: Barclays

Les économistes des différentes banques s’accordent à dire que les efforts d’ajustement restent significatifs dans les pays développés. Et ils prendront du temps à se matérialiser.

On terminera sur ce tableau, plutôt bien fait, qui dresse les principaux indicateurs macro des différents pays développés (des US au Japon en passant par les principales économies de la zone euro).

Source: Barclays

 

Les commentaires sont fermés.