Europe: quand la croissance économique reviendra-t-elle ?

En voilà une question qu’elle est bonne. Les « prévisions d’hiver » (sic) de la Commission européenne, parues aujourd’hui, anticipent une contraction de 0,3% du PIB de la zone euro cette année, avant un rebond vers 1,4% l’an prochain. Avec une croissance aussi faible, difficile d’imaginer comment l’emploi va se redresser, comment les administrations publiques vont réduire leurs déficits et comment les entreprises vont retrouver une situation financière plus saine…

Dans une étude du 15 février, les économistes de Bank of America Merrill Lynch ont cherché à déterminer le potentiel de croissance économique de l’Europe. Une question d’autant plus importante que, contrairement aux Etats-Unis, un certain nombre d’indicateurs (investissement par exemple) n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’avant-crise. Le retour aux rythmes de croissance économique d’avant la crise est-il donc envisageable à un horizon plus ou moins proche ?

BofAML estime tout d’abord que le potentiel de création de richesse de l’Europe a été fortement endommagé par la crise financière de 2008. Entre 1995 et 2007, le rythme de croissance de la zone était de 2,2%, contre 1% entre 2008 et 2014. Pour la France par exemple, le trend de croissance pour 2015-2020 sera de 1,4% contre 2,2% entre 1995 et 2007.

Dans l’ensemble, le trend de croissance post-crise à envisager devrait se situer entre « un peu moins de 1% et un peu plus de 2% » pour les cinq grandes économies de l’Europe. Le Royaume-Uni sera le pays le plus dynamique, suivi par l’Espagne et par la France (tableau).

Source: Bank of America Merrill Lynch

Source: Bank of America Merrill Lynch

Autre enseignement: plus l’investissement tarde à repartir et le chômage à reculer, plus le retour à un « trend normal » est reporté dans le temps. Or, note Merrill Lynch, les politiques économiques peuvent agir sur ces paramètres, permettant à l’Europe de retrouver plus vite son rythme de croissance d’avant-crise.

Dans l’éventualité où la désinflation redeviendrait significative, les banques centrales pourraient être incitées à intervenir en baissant leurs taux ou en menant des politiques à même de relancer le crédit.

Source: Bank of America Merrill Lynch

Source: Bank of America Merrill Lynch

Le tableau ci-dessus représente les résultats du modèle de la banque en matière de croissance économique pour la période 2015-2020.

Les principales conclusions de l’étude sont:

  • en l’absence de politique économique plus active (y compris réformes structurelles), la plupart des pays auront donc un rythme de croissance inférieur à ce qu’il était avant crise;
  • le taux de chômage devrait diminuer à un rythme comparable aux précédents cycles de reprise économique (en l’absence de changement de politique économique);
  • la croissance de la productivité devrait être proche de sa moyenne historique;
  • la hiérarchie dans les rythmes de croissance d’avant et d’après-crise sera modifiée, en grande partie en raison de l’évolution des rythmes d’investissement dans les différents pays, du vieillissement de la population et des gains de productivité;
  • compte tenu des projections d’output gap, le risque déflationniste ne peut être totalement écarté et pourrait appeler une intervention plus musclée des banques centrales.

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