Lagardère: des cessions ne font (toujours) pas une stratégie

Début 2011, je publiais un papier sur Lagardère, avec (quasiment) le même titre. A voir depuis lors la performance du groupe de médias en Bourse, l’évolution de ses résultats, et l’intérêt unique des investisseurs porté aux cessions d’actifs – dont celle des pars dans EADS annoncée hier soir, le groupe d’Arnaud Lagardère a réalisé bien peu de progrès.

Pour commencer, deux illustrations pour planter le décor: l’évolution du cours de Bourse…

Source: Factset, weeko

Source: Factset, weeko

et la rentabilité des différentes divisions du groupe depuis 1994:

Source: rapports annuels, weeko

Source: rapports annuels, weeko

Après quelques années, on ne peut que constater l’échec de la diversification dans la gestion des droits sportifs (Lagardère Sports devenue Unlimited), activité dans laquelle le groupe a investi 1 milliard d’euros. Cette division détruit de la valeur et ne semble pas avoir de positionnement clair. L’extension de son domaine d’activité depuis 2010 (conseil en gestion et en exploitation de stades, gestion d’académis sportives, organisation et exploitation d’événements…) n’a pour l’instant donné aucun résultat probant.

La performance de Lagardère Active a été très décevante, reflet de la morosité du marché publicitaire, et ce malgré de lourdes restructurations ainsi qu’une forte réduction de la taille de ce pôle (suite à la vente de la presse magazine internationale et des radios en Russie).

Le numérique reste marginal dans le chiffre d’affaires (7% selon Gilbert Dupont), preuve d’une conversion très tardive du groupe aux nouvelles technologies. Les acquisitions engagées depuis 2005-2006 n’ont pas tenu leurs promesses en termes de relais de croissance et ont obligé le groupe à constater des dépréciations d’actifs.

Une fois encore, le principal motif d’intérêt pour le groupe Lagardère, ce sont les participations appelées à être cédées: les 20% dans Canal+ (un peu moins de 1 milliard d’euros), sa participation dans le magazine Marie-Claire (estimée autour de 100M€). Et la vente des titres EADS, officialisée le 8 avril au soir et bouclée ce matin pour 2,3 milliards d’euros.

L’opération devrait conduire au versement d’un dividende exceptionnel. Mais à voir l’état des finances de Lagardère et les perspectives de rentabilité à venir, il semblerait plus raisonnable d’affecter le gros du produit de cette vente au désendettement du groupe.

Une fois que cela aura été fait, que restera-t-il aux actionnaires de Lagardère? Un groupe dans les médias, certes peu voire plus du tout endetté, mais qui donne l’impression de ne toujours pas avoir de stratégie claire et dont la rentabilité tarde à se redresser.

Dans l’univers des groupes de médias cotés, il y a sans doute de bien nombreuses opportunités d’investissement à rechercher.

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