Les chimères de Carbone Lorraine

Les plans de croissance se succèdent chez Carbone Lorraine. Les actionnaires sont à l’occasion mis à contribution mais attendent toujours un retour sur investissement digne de ce nom.

Fin 2004, le fabricant de composants en graphite (fusibles, composants de moteurs électriques et équipements anti-corrosion) lançait une augmentation de capital de 63 millions d’euros. Objectif: financer un plan d’investissement de 100 millions d’euros qui devait rapporter 150 de revenus additionnels. A l’époque, certains courtiers estimait que le groupe devrait atteindre un chiffre d’affaires de 769 millions d’euros en 2008.

Le groupe facturera 694 millions d’euros en 2007 avant de voir son activité rechuter par la suite, crise oblige. Les objectifs fixés quatre ans plus tôt – faire de Carbone Lorraine une « valeur de croissance » – ne sont pas atteints. Le groupe reste avant tout une valeur cyclique.

L’an dernier, Carbone Lorraine, sous l’impulsion d’un nouveau dirigeant – Ernest Totino – a de nouveau fait appel aux investisseurs. Dans son plan stratégique, Carbone Lorraine entend capter le relais de croissance des énergies renouvelables, et accroître encore plus son exposition aux marchés d’Asie (30% des ventes à terme contre 22%). Mais cette fois-ci, pas de chiffrage de ce que le plan rapportera en revenus additionnels.

Les actionnaires de la société peuvent eux constater que malgré la résistance mise en avant par le groupe, leurs mises de fond n’ont pas eu la rentabilité escomptée. La rentabilité des capitaux employés s’est effondrée à 6% l’an dernier, contre une moyenne de 9% depuis 1997. Le coût du capital est estimé par le groupe à 8% (notre estimation est de 8,2%). Pour la première fois depuis bien longtemps, Carbone Lorraine détruit de la valeur.

Depuis le début de l’année, l’action n’a gagné que 6,1%, alors que les résultats devraient rebondir de manière sensible. Le marché attend donc un sursaut de la part de la société. Parmi les signaux qui pourraient réveiller l’intérêt des investisseurs, l’annonce d’une amélioration sensible de la génération de flux de trésorerie pourrait jouer un rôle important. Entre 1997 et 2009, la génération de flux de trésorerie disponible (free cash flow) du groupe était de 28 millions d’euros, mais selon notre estimation, elle pourrait se rapprocher des 40 millions d’euros. De quoi soutenir un rebond plus important du cours de Bourse.