STMicroelectronics: le syndrome Alcatel-Lucent

En annonçant un « nouveau ST », Carlo Bozotti fait le constat de son échec à la tête de STMicroelectronics. Il place le fabricant de semi-conducteurs sur la même trajectoire qu’Alcatel-Lucent (restructurations, cessions d’activités, baisse tendancielle des marges et destruction de valeur). Lui-même et les membres du conseil d’administration devraient prendre leurs responsabilités en démissionnant de leurs mandats. Les Etats français et italiens devraient également se regarder dans le miroir et s’interroger sur le fait d’être restés les bras croisés quand il fallait tout faire pour développer une industrie des semi-conducteurs compétitivite en Europe. Lire la suite

STMicroelectronics : dead money

En l’espace de quelques années, STMicroelectronics s’est transformé en spécialiste de la destruction de valeur. Les résultats décevants de STMicroelectronics publiés au titre du quatrième trimestre 2011 devraient fortement inciter les Etats français et italien, principaux actionnaires du fabricant de semi-conducteurs, à se poser de sérieuses questions sur l’intérêt de maintenir en place l’actuelle équipe de direction. Lire la suite

Dell subventionné par Intel

En 2006, la SEC, le gendarme de la Bourse américaine, ouvrait une enquête sur l’information financière du fabricant d’ordinateurs Dell. Après plus de deux ans d’investigation, les deux parties se sont mises d’accord pour un « règlement à l’amiable » de 100 millions de dollars, divulgué par la société sans que l’on connaisse la nature réelle des griefs à l’encontre de Dell. L’accord a contraint le groupe à revoir à la baisse ses prévisions de résultats pour l’exercice fiscal 2011.

Le Wall Street Journal, dans son édition de vendredi, révèle que le règlement portait sur la non divulgation par Dell qu’une partie des résultats publiés entre 2002 et 2006 reposait sur des versements reçus d’Intel, leader mondial des microprocesseurs et son principal fournisseur. Au lieu de divulguer proprement l’information, les dirigeants de Dell ont préféré expliquer leurs « bons résultats » par des « efforts de réduction des coûts » ou la « baisse du prix des composants » (expressions reprises dans la plainte de la SEC).

Selon la SEC, les paiements d’Intel représentaient 10% du résultat opérationnel de Dell au cours de l’exercice fiscal 2003 et 38% en 2006. Au cours du premier trimestre 2007, « l’obole » d’Intel représentait 76% du résultat opérationnel du constructeur informatique.

Il s’agissait donc d’une contribution significative qui méritait d’être divulguée aux actionnaires et aux investisseurs. On ne peut certes pas parler de manipulation comptable, mais plutôt de dissimulation de la réalité. De toute manière, ce type de pratique est hautement répréhensible. Il est juste regrettable que certaines entreprises s’amusent à ce genre de pratique, surtout après les scandales comptables des années 2000 (Enron, WorldCom).

Ajoutons que trois dirigeants et anciens responsables de l’entreprise ont été mis à l’amende. Michael Dell et Kevin Rollins (ancien DG) ont dû payer 4 millions de dollars chacun. James Schneider, ancien directeur financier, a dû versre 3 millions de dollars. Des montants heureusement non négligeables.

Intel sur un nuage

Les investisseurs qui s’interrogent sur la vigueur de la reprise économique et son caractère temporaire (restockage, plans de relance) vont encore plus se gratter la tête en voyant les résultats financiers d’Intel.

Le premier fabricant mondial de semi-conducteurs, spécialisé dans les microprocesseurs (le « cerveau » d’un ordinateur), a annoncé mardi soir un bénéfice par action de 51 cents, battant le consensus de 8 cents. Son chiffre d’affaires a bondi de 34,2% à 10,7 milliards de dollars, permettant au groupe d’afficher un taux de marge brute historique (67,2%). Ces records s’expliquent par la croissance des ventes, mais aussi et surtout par les lourdes mesures de restructuration engagées au plus fort de la crise financière, fin 2008.

Au moment où tout le monde se demande à quoi ressemblera la fin de l’année, les dirigeants d’Intel ont dépeint un scénario optimiste, en relevant leurs prévisions de résultats. Ils tablent ainsi sur un taux de marge brute de 66% environ sur l’année contre 64% précédemment et de 67% environ au cours du troisième trimestre. Leurs prévisions d’investissement ont été revues à 5,2 milliards de dollars contre 4,8 milliards auparavant. Selon un analyste, Intel serait porté par le « cloud computing », reflétant l’augmentation du trafic sur Internet et des besoins en centres de données toujours plus importants.

Sur la base des éléments communiqués pour le 3è trimestre et l’ensemble de l’exercice, Intel pourrait afficher des résultats record cette année (comptes historiques et nos estimations 2010 disponibles ici). Il repasserait pour la deuxième fois la barre de 10 milliards de résultat net (la précédente étant l’année 2000). Or tous ces éléments sont peu pris en compte par le marché, qui attendait d’être réveillé. Actuellement, le titre est faiblement valorisé à 11,5 fois le bénéfice prévu en 2010 contre un P/E médian de 22,1 entre 1994 et 2009, selon Value Line. Même en corrigeant de l’effet bulle Internet (1999-2000), Intel a encore une bonne marge de progression.

Dans le contexte de marché actuel, les investisseurs à la recherche de valeurs de croissance ont trouvé en Intel un salut inespéré. La question qui risque rapidement d’arriver sur les lèvres des investisseurs est : est-ce que ce scénario de rêve peut se poursuivre en 2011 ou dans un environnement de croissance économique molle ? Une vraie question pour les dirigeants d’Intel, qui ont eux aussi de quoi se gratter la tête.