Utilities: vers un redressement du free cash flow dès 2013 – Morgan Stanley

La génération de flux de trésorerie disponible (« free cash flow » ou FCF) et la rentabilité du capital des utilities européennes sont en train de se redresser dès cette année, affirme Morgan Stanley dans une étude datée du 9 avril. Lire la suite

EDF délaissé

Malgré les craintes de rechute de l’activité économique mondiale, les « utilities » n’ont plus la cote. Au sein de cette catégorie d’actions supposées « défensives », EDF est délaissé: le titre perd près de 27% depuis le début de l’année. Son cours affiche un plus bas de 1 an et se retrouve à nouveau sous son cours d’introduction en Bourse. Pour mémoire, le plus bas historique est de 27,31 euros (le 13 mars 2009).

Etonnamment, l’annonce d’un projet de cession de EDF Energy au Royaume-Uni (valorisé entre 4 et 5 milliards d’euros) ou les fuites sur un programme de réduction des coûts, ne font guère bouger le titre. Pourtant, une cession ou la recherche de gains de productivité semblent logiques pour un groupe qui supporte une dette colossale (130%). Cela reste vrai, même si EDF est assis sur une rente de situation – en l’occurrence un parc nucléaire financé par l’impôt auquel s’ajoute l’absence de réelle concurrence sur le marché domestique (on peut lire pour s’en convaincre l’ouvrage de Pascal Perri, « EDF, les dessous d’un scandale », JC Lattès, 2010).

Il faut dire que les dernières semaines ont été marquées par une succession de commentaires plutôt négatifs sur le titre. La semaine écoulée a été particulièrement chargée. Mercredi, CA Cheuvreux a publié une étude justifiant une baisse de son objectif de cours de 41 à 37 euros (avis « sous-performance »). Jeudi, Exane BNP Paribas a revu son avis de « surperformance » à « neutre », avec un objectif de cours de 35 euros. Fin mai, Société Générale (achat, objectif 55 euros) titrait une étude : « N’achetez pas le titre si vous pensez que… ». L’étude comprenait 6 arguments volontairement pessimistes (parmi lesquels de nombreuses questions sur l’évolution du prix de l’électricité, l’utilisation des centrales ou l’avenir du nucléaire en Europe). Malgré son ton ironique, le scepticisme des investisseurs à l’égard d’EDF reste grand.

Globalement, ces courtiers pointent toujours les mêmes facteurs de risque pour EDF : incapacité à augmenter ses tarifs en France, lesquels sont pilotés par le gouvernement avec l’assentiment de Bruxelles ; doutes sur la capacité du groupe de redresser rapidement le taux d’utilisation de ses centrales (résultat d’années de sous-investissement selon certains) ; incertitudes sur le savoir-faire du groupe en matière de fusions-acquisitions (les dépenses folles d’EDF aux Etats-Unis et au Royaume-Uni doivent faire leur preuve ; et historiquement, le parcours d’EDF en matière d’acquisitions s’est révélé particulièrement douloureux au début des années 2000).

On peut même se demander si les projets d’expansion d’EDF en Europe ou aux Etats-Unis n’ont pas été décidés au mauvais moment. La priorité d’EDF est aujourd’hui de gagner en efficacité en France, avant de penser à se déployer à l’international. En outre, le marché et les comportements des usagers changent. Les consommateurs, conscients du renchérissement du prix de l’énergie, cherchent soit à produire leur propre énergie, soit à réaliser des économies d’énergie. L’argument d’EDF (le nucléaire rend l’énergie moins cher) est fallacieux, comme l’explique Pascal Perri, car la facture électrique est déterminée par le coût marginal de production (pour répondre à la hausse de la demande d’électricité à un instant t, c’est la dernière unité de production mise en œuvre qui fixe le prix de l’électricité, or cette dernière unité est souvent autre que nucléaire). Ce coût marginal est, en période de pointe notamment, déterminé par des sources fossiles (fioul, gaz et charbon), onéreuses, et non par des sources moins coûteuses, comme le nucléaire ou l’hydroélectrique.

EDF est « sauvé » par sa position de rentier et par les distorsions des règles de la concurrence. Les clients (particuliers) peuvent certes quitter EDF pour aller vers d’autres fournisseurs alternatifs, mais ils ne peuvent pas venir. S’il n’y a que peu de barrières à l’entrée pour les fournisseurs sur le marché français de l’électricité, il y a en revanche de vraies barrières à la sortie pour les clients.

Le problème d’EDF est de savoir comment générer plus de cash face à des dépenses d’investissement qui ne sont pas prêtes de diminuer. L’expansion du périmètre du groupe ne fait qu’amplifier ce problème. EDF doit aussi financer le démantèlement de ses centrales et les retraites de ses salariés. La seule solution pour assurer l’avenir de son parc consiste surtout à augmenter les prix. C’est bien le catalyseur le plus puissant pour une revalorisation en Bourse de l’électricien à court terme. Dans ce contexte, les investisseurs n’ayant pas de visibilité sur la capacité d’EDF à maîtriser une donnée aussi essentielle que ses prix de vente vont voir ailleurs.

Ajoutons que, sur la base du P/E 2010, EDF se traite avec une importante prime de valorisation par rapport à ses comparables en Europe (E.ON, EDP, Endesa, ENEL, Fortum, Gas Natural, GDF Suez, Iberdrola, RWE, Verbund), sans rapport avec la rentabilité des fonds propres dégagée par le groupe (11,1% attendus en 2010 contre 14,7% pour la médiane sectorielle, selon Natixis Securities).