Air France-KLM, maillon faible du ciel européen

Mark Manduca, analyste de Bank of America Merrill Lynch, se montre réservé sur le sort d’Air France-KLM. Dans une note publiée aujourd’hui, il exprime ses doutes quant à la capacité de la compagnie aérienne d’atteindre ses objectifs de rentabilité cette année (résultat opérationnel positif selon la dernière présentation faite aux investisseurs) Continuer la lecture de « Air France-KLM, maillon faible du ciel européen »

Air France-KLM relevé à surperformance par Credit Suisse

Credit Suisse est passé de « neutre » à « surperformance » sur Air France-KLM, après avoir relevé son objectif de cours de 15,5 à 18,8 euros sur le titre. La banque estime que le redressement des résultats devrait se poursuivre. Les marges devraient retrouver au cours de l’exercice 2013-2014 le même niveau que lors du précédent pic. Continuer la lecture de « Air France-KLM relevé à surperformance par Credit Suisse »

Ironie de l’Histoire

Peu avant la crise, en présentant les résultats annuels d’Air France-KLM, Pierre-Henri Gourgeon n’avait pas de mots très tendres pour les compagnies low-cost. L’envolée du cours du pétrole vers des sommets permettrait selon lui de démontrer la non viabilité des compagnies comme Ryanair ou Easyjet et la solidité du modèle économique de son groupe. Une récession  plus tard, Air France-KLM envisage de créer une compagnie low-cost sur quelques lignes à l’intérieur de son marché domestique…

Pourquoi un tel revirement ? La réponse a été donnée par le patron d’Easyjet France, interrogé par l’AFP:

« La base du modèle [d’Easyjet] est la rotation supplémentaire par rapport aux compagnies classiques », en ne faisant « pas de correspondance, pas de fret » et en minimisant les interventions à l’escale. « On fait un aller-retour de plus chaque jour », soit « 30% de passagers en plus par jour sur le même avion ».

De condescendant, Air France-KLM serait donc devenu plus préoccupé de la menace low-cost, qui vient, avec le TGV, lui prendre des parts de marché sur l’une de ses activités les plus rentables… Dans son ouvrage, « La face cachée d’Air France« , Fabrice Amedeo (Flammarion, 2010) évoque le sujet au chapitre 18 de son livre. Citant des documents internes de la compagnie, ce journaliste souligne que les coûts d’exploitation du low-cost sont inférieurs de près de 50% à ceux d’Air France-KLM (avions plus récents, économies à tous les postes en dehors de la maintenance et de la sécurité, rotations plus nombreuses des avions…).

La crise économique a mis à mal la rentabilité des vols long courrier et affaires d’Air France-KLM (plans d’économies des entreprises, recul du trafic), touchant là aussi une activité très rentable pour le français. Ces différents éléments ont entraîné une réaction un peu tardive du transporteur, puisque c’est apparemment à l’automne 2009 que la compagnie aérienne a commencé à réfléchir à une parade… Air France-KLM semble beaucoup réfléchir depuis plus d’un an et n’a toujours pas de plan d’action à présenter (en dehors de la classe « premium voyageur » ou d’autres actions annoncées en mai dernier).

Pour rappel, Air France-KLM a enregistré une perte nette de 1,56 milliard d’euros en 2009-2010 (exercice clos le 31 mars) pour un chiffre d’affaires en chute de 15%. Easyjet était bénéficiaire au terme de l’exercice clos le 30 septembre 2009 et devrait l’être au terme de l’exercice clos le 30 septembre 2010.

Air France-KLM super cyclique

La crise a montré la très forte sensibilité des résultats financiers des compagnies aériennes. Air France-KLM, qui a publié mercredi soir une perte historique de 1,56 milliard d’euros, en est un exemple très parlant. Reste maintenant aux dirigeants du groupe de démontrer que cette forte sensibilité en période de contraction économique existe aussi en période de reprise économique, et sera le moteur d’un fort rebond des résultats.

La reprise a commencé à produire quelques effets, visibles dans les comptes du quatrième trimestre : le chiffre d’affaires a reculé de 0,8%, mais le résultat d’exploitation s’est redressé de 7,1%.

Pour aller plus vite encore, Air France-KLM doit relever plusieurs défis et essayer d’être moins sensible au cycle économique, dans la mesure du possible. Dans un métier où 60% des coûts sont fixes, le premier, et sans doute le plus important de ces défis, est le redressement de la recette par siège.

Pour cela, le groupe compte sur plusieurs actions engagées durant la crise. Cela va du développement de nouvelles catégories de sièges (classes premium voyageur et éco confort dans les vols long courrier), à l’adaptation du business model dans le moyen courrier (de plus en plus un service de « commodité », soumis à la pression des compagnies low-cost) et à la reconfiguration de la flotte cargo, où la priorité est de « remplir les soutes », comme l’a expliqué jeudi Pierre-Henri Gourgeon.

Sur le front des coûts, Air France-KLM a encore de nombreux chantiers de progrès à traiter. Le groupe vise une une amélioration de 900 millions à 1 milliard d’euros de son résultat d’exploitation, dont l’essentiel viendra des économies de coûts (510 millions à travers le plan « Challenge 2012 »), le reste provenant des améliorations de recettes et des contributions des différentes joint-ventures.

A plus long terme, la compagnie aérienne doit sortir de la logique où ce sont ses couvertures carburant qui assurent le financement du renouvellement de sa flotte. La crise a révélé les limites de cette logique, surtout lorsque le prix du brut est, spéculation oblige, soumis à de fortes variations.

Air France-KLM peut compter sur une flotte moderne (9 ans d’âge en moyenne contre 11 à 14 ans pour ses principaux concurrents) pour compenser le yo-yo du baril de pétrole, tandis que l’arrivée de nouvelles compagnies au sein de SkyTeam devrait lui assurer plusieurs relais de croissance dans des pays émergents, comme la Chine, la Russie ou le Brésil. La compagnie doit aussi faire la preuve qu’elle est en mesure de redresser plus sensiblement son niveau de rentabilité – car jusqu’à présent, le groupe n’est que marginalement plus profitable qu’avant sa fusion avec KLM (graphique).

Source: comptes de la société.

Les mesures présentées jeudi à la communauté financière ne devraient se traduire que par un lent redressement des résultats. Air France-KLM ne devrait revenir dans le vert qu’en 2011-2012, et encore modestement (nous tablons sur un bénéfice par action de 40 centimes à cette date; le consensus IBES est plus optimiste à 99 centimes actuellement). Pas de quoi emballer les foules. La Bourse, elle, semble plutôt dans l’expectative. Le titre perd un peu plus de 2% jeudi, dans un marché en repli de près de 3%. Il affiche un recul de près de 15% depuis le 1er janvier.