Henri Proglio a-t-il enfin trouvé la bonne combinaison pour EDF ? L’annonce d’une nouvelle hausse des tarifs de l’électricité est en tout cas pain béni pour l’électricien. Dans une note publiée hier, les analystes de Société Générale souligne que chaque hausse de 1% du prix de l’électricité rapporte 217 millions d’euros d’excédent brut d’exploitation (« EBITDA ») additionnel. Dans le cas d’espèce, EDF empochera 950 millions d’euros. Une aide substantielle et bienvenue pour permettre au groupe d’atteindre ses objectifs financiers cette année.
Dans une note datée du 3 août, Raymond James Euro Equities estime que « la hausse des tarifs régulés en août 2010 dont le rythme devrait s’accélérer en 2011 (…) est favorable à l’ARPU d’EDF et ainsi à sa croissance de résultat. Cette tendance contraste avec les utilities dérégulées (RWE, E.ON, GDF Suez)… »
Pour Oddo Securities, cette évolution tarifaire permet de valider un scénario de convergence du prix de la génération de base de 2 euros par mégawatt/heure par an, pour atteindre 45 euros par mégawatt/heure, contre 37 euros actuellement. Or le cours actuel d’EDF en Bourse « ne valorise même pas une convergence de la génération de base vers 40 euros. »
La nouvelle de cette hausse tarifaire est suffisamment importante pour que CA Cheuvreux ait décidé de repasser à l’achat sur le titre, lui permettant de signer l’une des plus fortes hausses de la séance (+5,5% contre +0,4% pour le CAC). Selon le courtier, EDF bénéficie à la fois d’améliorations fondamentales (notamment une hausse du taux d’utilisation du parc nucléaire en juin après un début d’année décevant) et d’une sous-performance par rapport au reste du secteur des utilities.
Le désintérêt des investisseurs à l’égard de l’électricien s’expliquait en grande partie par l’impression d’une incapacité du groupe de tirer proprement parti de sa situation de monopole sur le marché français de l’électricité et par de sérieuses interrogations sur la stratégie de développement à l’international. Les dernières grosses opérations de croissance externe (actifs nucléaires aux Etats-Unis et au Royaume-Uni) ont en outre été réalisées dans des conditions financières peu avantageuses et ont fait exploser l’endettement du groupe. Or ce n’est pas le seul « passif » que doit gérer EDF.
Le groupe a peut-être entendu ces craintes en engageant la cession de ses réseaux de distribution au Royaume-Uni pour 6,9 milliards d’euros. Il s’attaque enfin au problème d’un endettement financier excessif (44,1 milliards d’euros au 30 juin, pour un free-cash flow annuel estimé pour 2010 à 5,2 milliards d’euros).
Certains courtiers font encore preuve de scepticisme – c’est le cas d’Exane BNP Paribas (avis neutre, objectif de 35 euros), mais la plupart conservent une opinion positive. UBS note que « le management prend des mesures » et tire parti de nouvelles « exogènes » (pas de taxe sur les activités nucléaires, avancées de la loi NOME, pas de subvention à apporter à Areva). Oddo a un avis accumuler et un objectif de cours de 43 euros. UBS a un avis achat et un objectif de 50 Euros. SG vise 55 euros à 12 mois (« achat »). Natixis Securities a un objectif de 47 euros (« acheter »).