« Originate to Distribute »: un changement de modèle qui coûterait cher aux banques françaises

Depuis plusieurs mois, les dirigeants de plusieurs groupes bancaires français défendent mordicus le modèle de la banque universelle. La mise en place de la nouvelle réglementation bancaire, dont l’objectif est de réduire les prises de risque, pousserait les banques et le financement de l’économie vers davantage de désintermédiation, avertissent-ils… Plus de financement de marché, donc plus de risque pour l’économie. Continuer la lecture de « « Originate to Distribute »: un changement de modèle qui coûterait cher aux banques françaises »

Les analystes de la SG indulgents avec leur employeur

C’est la règle, les analystes salariés de banques couvrant le secteur bancaire n’émettent jamais d’opinion sur leur employeur. Ceux de la Société Générale sont allés un cran plus loin en n’intégrant même pas leur établissement dans une étude sur les banques françaises. Pourtant le sujet méritait peut-être d’inclure la SG dans la couverture: Continuer la lecture de « Les analystes de la SG indulgents avec leur employeur »

10 milliards pour le CAC

En remplaçant Dexia et Lagardère par Natixis et Publicis respectivement, le conseil scientifique des indices fait prendre 10 milliards de capitalisation boursière à l’indice phare de la Bourse de Paris. Sur le plan sectoriel (qui ne serait pas un des critères de choix des titres du CSI), rien ne change. Sur le plan de la liquidité et de la taille, il y aura peut-être un plus. La seule conséquence, ce sera pour les gérants indiciels qui ont jusqu’au 20 septembre pour procéder aux ajustements nécessaires.

Les méthodes de détermination des composants du CAC 40 sont disponibles sur le site d’Euronext. Bizarrement, depuis 1 an, la page des modifications  de la composition de l’indice n’est plus mise à jour. Vite, Euronext, trouvez un stagiaire!

Le coût d’une faillite

Les banques françaises n’ont pas trop tardé à communiquer sur leur exposition au risque grec. Mais elle ne l’ont pas fait avec le même degré de transparence. Or sur cette base, les chiffres ou éléments qualitatifs communiqués à ce jour ont du mal à coller avec le montant de l’exposition au risque grec.

Selon la Banque des Règlements Internationaux, l’exposition à la Grèce pour l’ensemble des banques se montait fin 2009 à 236 milliards d’euros. Sur ce total, 188,6 milliards sont détenus par des banques européennes. L’exposition des banques françaises est estimée entre 20 et 30 milliards d’euros, sans tenir compte de l’exposition directe de Crédit Agricole, à travers sa filiale Emporiki.

Crédit Agricole a indiqué un risque total de 850 millions d’euros. BNP Paribas et Natixis ont évoqué une « exposition très limitée ». Société Générale indique une « exposition limitée et gérable » – son exposition aux « PIGS » étant chiffrée à 13 milliards d’euros au total. Dexia a, seule, admis un risque significatif, sans le chiffrer. Il s’agit pour l’essentiel de communication au cas par cas (aucun communiqué spécifique sur les pages relations investisseurs des sites Internet des banques mentionnées).

Pour Pierre Flabbée, analyste chez Kepler Research, « ces indications semblent quelque peu contradictoires avec l’exposition de 20 à 30 milliards des banques françaises ».

Les experts d’Exane BNP Paribas l’écrivent d’une autre façon.

« Tout comme pour le subprime, nous savons que quelqu’un a de la dette grecque, mais nous ne savons pas qui. La plupart des banques assurent que leur exposition n’est pas significative, mais peut-on en être sûr ? N’était-il pas trop tentant pour résister à l’envie de gagner quelques points de rendement dans un environnement de faible taux? »

Certains investisseurs parlent d’une époque de « pain béni » pour les banques. Celles-ci peuvent emprunter de l’argent à un taux extrêmement faible auprès des banques centrales et investir cet argent dans des titres rapportant quelques points de pourcentage… en utilisant qui plus est l’effet de levier.

Une occasion en or pour récupérer une partie des pertes subies lors de la crise du subprime et après la faillite de Lehman, et qui explique pour partie les résultats faramineux publiés l’an dernier et qui devraient être encore de très bonne facture au cours du premier semestre 2010. Il reste que certaines banques ont peut-être été plus prudentes que d’autres, d’où l’actuelle volatilité des titres bancaires.

De son côté, Kepler s’est risqué à l’exercice du « test de résistance » (comme pour la crise des subprime), en envisageant une perte de 20% sur une exposition fictive de 5 milliards d’euros à la dette grecque, irlandaise et portugaise. Le courtier aboutit à une perte comprise entre 1% et 6% au niveau de l’actif net par action pour 2011.

« Malgré une amélioration attendue des résultats au 1er trimestre, on peut douter de la capacité de ces publications à recréer une dynamique de prix durable si la plupart des cas la crise de la dette publique persiste en Europe. »

A noter que l’étude fait l’impasse sur l’exposition des compagnies d’assurance. On peut également regretter que la Banque de France ne fasse pas plus son travail de transparence à l’égard des investisseurs et des clients des banques françaises, sachant que ces dernières sont les plus exposées au risque grec.

Les banques françaises à « L’école des fans »

Dans une étude publiée vendredi, HSBC a relevé son opinion sur Natixis. Désormais, la banque anglaise est à l’achat sur l’ensemble des « grandes » banques françaises cotées – BNP Paribas, SocGen, Crédit Agricole et Natixis. HSBC, c’est un peu « l’école des fans »: malgré une situation économique incertaine, des pertes pour provisions ou dépréciations d’actifs et les risques liés au durcissement de la réglementation financière, son analyste Robin Down estime que les investisseurs sont trop pessimistes.

En termes absolus, la valorisation des banques françaises est peu exigeante: pour 2010, le ratio prix sur actif net tangible est juste au-dessus de 1, le PE normalisé se situe autour de 5X et le multiple de résultat opérationnel est sous les 4X.

Deux craintes expliquent ces faibles valorisations, selon HSBC: celles liée à la réglementation bancaire et celles liées aux risques de crédit. L’analyste de HSBC pense que les craintes d’ordre réglementaire, liées notamment à la mise en oeuvre prochaine des normes « Bâle 3 » sur les ratios de solvabilité (niveau adéquat de capital au regard des risques pris par les banques) sont surfaites. Des craintes peuvent exister sur les niveaux de liquidités, mais selon HSBC, les banques françaises auront plusieurs années pour se conformer à la réglementation.

Sur la base des comptes 2009 publiés et des normes de Bâle 3 actuellement connues (et susceptibles d’évolution), HSBC a évalué la rentabilité des banques (tableau).

Les peurs des investisseurs en matière de risques de crédit sont également exagérées selon HSBC. Les provisions à passer pour créances douteuses (le « coût du risque » dans le jargon bancaire) devrait même baisser de 35% par rapport à 2009.

En résumé, l’étude de HSBC montre que toutes les banques devraient faire bonne figure au cours des prochains trimestres et méritent donc toutes d’être mises dans les portefeuilles des gérants actions. Un message conforté vendredi dernier par le gouverneur de la banque de France, Christian Noyer, lequel a affirmé au cours d’une conférence de presse que « les banques françaises apparaissent dans l’ensemble bien armées pour relever les défis qui se dessinent à court et moyen terme ».