Le momentum, delirium des investisseurs moutonniers

De nombreux gérants se targuent de jouer le « momentum » d’un titre ou du marché, gage de performance. Derrière ce mot faussement savant se cache en fait une logique purement spéculative et très dangereuse. Soulignons tout d’abord qu’un investisseur en quête de « momentum » fait cela non seulement par ego, mais aussi bien sûr pour attirer de nouveaux investisseurs.

Le terme « momentum » a envahi le jargon boursier, déjà farci d’anglicisme ou de franglais abscon. On entend régulièrement dire, à propos d’une action qu’« elle a un bon momentum ». Ce dernier serait devenu la version financière du saint Graal… Une fois trouvé, il suffit de se laisser porter. Comprenez : « le titre, je l’ai bien acheté et il va aller plus haut car tout va mieux que bien. »

Foutaises à dire vrai… L’investisseur qui tient ce genre de propos sous-entend qu’il vient d’acheter une action sur une bonne nouvelle et qu’il se dit qu’avec un peu de chance, ça va durer !

Ce n’est en rien de la gestion mais du suivisme, un savant mélange de peur et de cupidité. Les seuls éléments à prendre en considération lorsqu’on investit devraient être des éléments factuels que sont la valorisation de l’entreprise, sa stratégie et son univers concurrentiel. Acheter une bonne nouvelle et vendre une mauvaise peut, même si c’est contre intuitif, se révéler perdant car l’essentiel des opérateurs laissent parler leurs émotions (la peur quand le titre baisse et la cupidité lorsqu’il monte) et ne se préoccupent nullement de la valeur fondamentale au titre…

Autrement dit, l’investisseur « momentum » achète en réalité les bonnes nouvelles et vend les mauvaises sans regarder le prix ! Ce genre de comportement explique pourquoi de nombreux investisseurs vendent au plus bas et à achètent au plus haut… Bref, les investisseurs qui recherchent un « momentum » utilisent un mot en apparence savant pour parler de spéculation.

Un exemple ? Rappelez-vous le début des années 2000 : la recherche de momentum conduisait une majorité d’investisseurs à acheter toutes les valeurs de technologie (les fameuses « TMT » pour « Technologie, Média et Télécommunications »), sous prétexte qu’Internet allait tout révolutionner et que le monde ne serait plus jamais comme avant. Tant que le « momentum » était favorable, peu importait la valorisation des titres achetés…

Des esprits contradicteurs pourraient rétorquer qu’à la première mauvaise nouvelle, ces investisseurs auraient vendu tout de suite et n’auraient subi qu’une partie de la baisse. Que nenni… Fin 2000, le marché baisse sans « raison » particulière. Le flux de « bonnes » nouvelles ne s’inversera lui que bien plus tard, après la première séquence de baisse (fin 2000-mi 2001).

Plus récemment, on a pu voir d’autres modes tout aussi délirantes comme les valeurs « environnement » qui avaient un « bon momentum » parce qu’elles étaient positionnées sur un secteur en plein essor (mi 2000) et dont les valorisations étaient absolument injustifiables…

Peu importe puisque c’était « normal » ! Et pourquoi était ce normal ? Parce que tout le monde le pensait… Un raisonnement qui a également joué son rôle dans la crise financière, où tout le monde pensait que l’argent serait bon marché et abondant indéfiniment.

La gestion momentum est l’un des pires poncifs de la profession car elle tend à donner des compétences à leurs auteurs, compétences qu’ils ne possèdent en rien (savoir bêler n’est pas une qualité !)

Le mot « momentum » avec son côté latinisant donne une fausse caution scientifique mais cache en fait un mécanisme extrêmement dangereux et très basique : la spéculation pure et simple très prisée parmi les moutons, malheureusement trop représentés parmi les « investisseurs qualifiés »…