Regain de stress sur les marchés financiers

Pour l’heure, la performance des actifs risqués n’est pas trop entamée, y compris en Europe. Mais le sentiment du marché se dégrade si l’on en croit le dernier indicateur de Bank of America Merrill Lynch. Lire la suite

Gloom & Doom

Ce n’est plus une répétition de 2010 que nous vivons, mais de 2008… Les Bourses mondiales amplifient leurs pertes. L’incapacité des gouvernements et banquiers centraux du G20 à se coordonner rapidement était prévisible et elle a eu les conséquences attendues: l’intensification du krach et l’envolée de la volatilité (48). Ce matin, les futures européens sont les suivants (selon IG Markets): FTSE -305 points à 4.764, DAX -366 points à 5.557, CAC 40 – 185 points à 2.940.

Comme le notent les courtiers d’une banque régionale américaine cités dans le Wall Street Journal, bien sûr, il y a beaucoup de bonnes affaires en ce moment en Bourse. Mais la chasse aux bonnes affaires ne peut débuter tant que la psychologie du marché est en mode panique.

Pour moi, le seul point d’optimisme pour l’heure ne vient ni des gouvernements, ni de la valorisation des actions (qui fait de l’analyse fondamentale aujourd’hui ?), mais de Warren Buffett. Selon Bloomberg, le sage d’Omaha a investi 3,6 milliards de dollars en actions au cours du deuxième trimestre, soit les plus grosses sommes pour cette classe d’actifs depuis… 2008. S’il le faisait au Q2, il semble logique de déduire qu’il a continué à le faire durant ces « heures sombres » en Bourse. En octobre 2008, peu après la faillite de Lehman Brothers, Warren Buffett publiait une tribune « Achetez américain. Moi je le fais » dans le New York Times. C’était au pire moment du krach de 2008 et quelques mois avant le rebond des marchés. Conclusion: patience. L’heure des contrarians va bientôt sonner!

Encore une panique informatisée

Au début, on a mis la panique boursière de jeudi sur le compte d’un « fat finger » (un « gros doigt » en jargon boursier) ou ordre erroné d’un intervenant. La lumière semble se faire doucement. Un article du Wall Street Journal met en évidence l’influence du traitement automatisé des ordres de Bourse.

Selon l’article, une technique particulière – dénommée « Intermarket Sweep Order » (ISO) – expliquerait pourquoi en quelques minutes, des sociétés comme Procter & Gamble ou Accenture ont vu leur cours de Bourse plonger de plusieurs dizaines de pourcent. Le quotidien évoque dans le détail le cas d’Accenture, dont le titre est passé en quelques minutes de 41 à 5,34 dollars… puis à 1,84 dollar.

Les universitaires Chakravarty, Jain, Upson et Wood ont étudié l’impact de cette technique sur le traitement des ordres de Bourse. L’ISO a été introduit courant 2007 (avec l’assentiment de la SEC) pour permettre aux investisseurs institutionnels de trouver une liquidité à des niveaux de prix multiples pour traiter de grandes quantités de titres. Sa justification ? Cette technique réduit les coûts de transaction.

Chakravarty, Jain, Upson et Wood ont estimé que sur le NYSE, 21% des ordres et 23,7% des volumes traités sont labellisés « ISO ». Sur le NASDAQ, la proportion atteindrait respectivement 62,7% et 63,5% des volumes. Ceci qui peut expliquer pourquoi le système s’est emballé.

Derrière le rôle des ISO se profile le débat sur la bonne organisation des marchés de titres, évoquée dans un autre papier de Chakravarty, Jain, Upson et Wood, mais aussi sur la multiplication de nouvelles techniques de trading (trading haute fréquence, ordres flash, algorithmes, négoce de paniers de titres…).

Le débat devrait donc aller plus loin comme le suggère Zero Hedge. Selon ce blog, les promoteurs du trading à haute fréquence avançaient l’argument de la liquidité pour justifier leur utilité. Le mini-krach de jeudi a démontré, au contraire, que leur présence n’aurait fait qu’accentuer l’assèchement de la liquidité sur les marchés.

Cet incident montre également que les autorités boursières (SEC en tête, mais l’AMF est également concernée) sont impuissantes face aux banques et autres intervenants qui promeuvent ces nouvelles techniques de trading. Mais ces autorités sont-elles suffisamment équipées en personnels compétents et correctement rémunérés pour mener à bien leur mission – la protection de l’épargnant ? L’incident de jeudi montre qu’on est toujours très loin du compte.

(Tristes) Anniversaires

Le 9 mars 2009, les places financières du monde atteignaient leur point bas, au terme d’une correction débutée à l’été 2007. Un an plus tard, la panique a été (largement) effacée, mais de nombreuses questions demeurent, notamment sur l’endettement public astronomique créé pour sauver les banques – lesquelles participent directement ou indirectement à faire s’écrouler aujourd’hui des monnaies…

Il y a 10 ans, la Bourse américaine était au plus haut de la Bulle Internet… Depuis, nous avons connu 1 autre bulle (immobilière), une crise financière qui a ébranlé le système bancaire des pays développés, provoqué beaucoup d’agitation politique, des promesses de régulation… Mais un an plus tard, tout semble oublié et l’industrie financière repart « comme en 40″…

L'indice CAC40 depuis 1987

Terminons sur cette citation de Benjamin Graham, dans L’investisseur intelligent (Valor Editions, 1991, traduction Antoine Dublan):

« Il n’existe à ce jour aucune technique, aucune approche unanimement acceptée qui permette au marché d’amener à la barre des accusés le management des entreprises défaillantes. Au contraire, les dirigeants n’ont cessé d’affirmer qu’ils n’ont aucune responsabilité sur l’évolution des cours des sociétés dont ils ont la charge. Et il est vrai qu’on ne peut leur demander des comptes sur ces fluctuations qui (…) ne reflètent pas leurs valeurs réelles, ni les conditions économiques du moment. Ceci étant, c’est seul le manque de vigilance et d’intelligence des actionnaires qui permet à cette immunité bien utile de couvrir l’ensemble des défaillances boursières, y compris celles de titres aux cours dépréciés en permanence. Les bons cours de Bourse sont à mettre au crédit des bons dirigeants et les cours anormalement dépréciés seront imputables aux mauvais dirigeants. »