Discussion avec Robert Shiller sur le « CAPE »


Le CAPE, pour ceux qui ne connaissent pas, est le P/E du marché ajusté du cycle – cet indicateur de cherté de la Bourse vise avant tout à tenir compte des effets de l’inflation et à lisser l’évolution des résultats des entreprises cotées sur longue période. Je renvoie à un post de 2012 sur le sujet.

Les inégalités au coeur des crises économiques

Voici une liste de plusieurs universitaires et d’économistes influents ayant défendu la thèse que les crises économiques sont aussi provoquées par l’augmentation des inégalités (h/t The Big Picture).

Robert Shiller

Joseph Stiglitz

Andrew Berg (FMI)

Jonathan Ostry (FMI)

Paul Krugman

Robert Reich

Mark Thoma

Emmanuel Saez

Thomas Piketty

John Kenneth Galbraith

Raghuram Rajan

David Moss

Kemal Dervi

Michael Kumhof

Romain Rancière

Robert Wade

David Ruccio

Marriner S. Eccles (président de la Fed entre 1934 et 1948)

Cette thèse n’est pas défendue uniquement par des économistes progressistes, mais également par certains convervateurs.

L’euphorie de retour sur les yachts

Vous connaissez Rodriguez Group ? Un fabricant de yachts de luxe qui a frôlé la faillite après avoir enregistré une chute de 64% de ses ventes au cours de l’exercice clos le 30 septembre 2009.

Le 8 avril dernier, cette société a vu son cours de Bourse prendre 70% en séance après l’annonce de la validation de son plan de restructuration financière par le tribunal de commerce de Cannes. La société cote aujourd’hui 7,15 euros, contre 1,35 en début d’année.

Beau parcours, qui a entraîné dans son sillage d’autres fabricants de bateaux, comme Poncin Yachts ou Fountaine Pajot.

Réaction d’un gérant de portefeuille (en VO): « C’est du grand n’importe quoi! Ca paie sans discernement, ça sent bon l’exubérance irrationnelle comme dirait l’autre » (l’autre s’appelle Alan Greenspan, ancien patron de la Fed, qui faisait référence à Robert Shiller, déjà cité sur le blog).

Combien vaut le marché ?

Régulièrement, les investisseurs cherchent à savoir combien valent les actions à un moment donné. Pour ce faire, ils utilisent des mesures similaires à celles employées pour valoriser individuellement les actions. L’indicateur le plus usité est le PER, qui rapporte le niveau d’un indice au bénéfice attendu pour l’ensemble des valeurs de cet indice. Robert Shiller, professeur à l’université de Yale, calcule ainsi un PER moyen sur 10 ans, ajusté de l’inflation, remettant au goût du jour un indicateur utilisé par Benjamin Graham en son temps.

Selon les calculs de Shiller, le PER du S&P 500, indice de référence sur le marché américain, était de 21,34 en mars, contre une moyenne historique de 16,36 (graphique).

Un autre indicateur utilisé est le ratio Q de Tobin, qui rapporte la valeur de marché d’un indice à la valeur de remplacement du capital de ses composantes. Plus ce ratio est faible, meilleur marché sont les actions. John Mihaljevic, assistant de Tobin entre 1966 et 1998, a développé une nouvelle estimation de ce ratio, publiée par le site Manual of Ideas. La publication explique en détail comment ce ratio est calculé.

J’ai repris ici la représentation de l’indice S&P 500, publiée initialement par la site dshort.com et mentionnée par le blog Greenbackd.

Selon les calculs de l’auteur, le ratio Q de Tobin se situerait aujourd’hui autour de 1 après être passé par un plus bas de 0,55 en 2009 (année où il fallait acheter des actions). Nous serions donc actuellement dans une zone de relative cherté des actions (analyse validée également par le PER).

Certes, regarder sur très longues périodes de tels indices peut comporter des biais: évolution de la technologie, changements structurels dans l’économie (le poids relatif de l’industrie et des services a beaucoup évolué en un siècle). Malgré tout, ces indicateurs peuvent aider à saisir le bon moment pour intervenir sur le marché. Comme aimait à le souligner Graham, « avant d’investir intelligemment sur les marchés, chacun devrait connaître au préalable les comportements historiques des différents types d’actions ou d’obligations sous l’influence des différentes conditions économiques. »