Départ houleux chez Goldman Sachs

Goldman Sachs fait encore la une des journaux, après la publication hier par l’un de ses anciens employés (Greg Smith, patron des produits dérivés sur actions en Europe et au Moyen-Orient) d’une tribune dans le New York Times. Ce dernier critique vertement le développement au sein de la banque d’affaires américaine d’une « culture (…) toxique et destructive » où l’intérêt des clients n’est plus la priorité (celle-ci serait de faire de l’argent sur le dos de ces derniers). Une tribune à laquelle les dirigeants de la banque ont immédiatement réagi. Lire la suite

Témoignage d’un analyse financier de Wall Street

Mike Mayo est aujourd’hui analyste financier en charge du secteur bancaire chez Credit Agricole Securities, après avoir officié chez Credit Suisse, Prudential ou Deutsche Bank. Dans un ouvrage publié la semaine dernière, intitulé Exile on Wall Street: One Analyst’s Fight to Save the Big Banks from Themselves, et dont le Wall Street Journal a publié des extraits, il raconte comment le fait d’écrire un rapport négatif sur une banque peut être une source d’ennuis. Des ennuis répétés au fil des ans, puisque, comme on le sait, l’industrie bancaire a rarement été une source d’investissement profitable en Bourse. Il suffit pour s’en convaincre de voir l’évolution de l’indice S&P 500 suivant l’industrie bancaire américaine.

Autres liens

Dépêche Associated Press

 

 

David Rynecki, « The Price of Being Right », Fortune, 5 février 2001 (raconte comment Mayo a été renvoyé de Credit Suisse pour avoir été négatif sur le secteur bancaire).

Interview sur CNBC

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Régulation financière: Goldman Sachs montre la voie

La banque d’affaires américaine Goldman Sachs n’a pas tardé à réagir à l’instauration d’un nouveau cadre réglementaire limitant certaines de ses activités les plus rentables: alors que ses activités pour compte propre sont menacées, la banque a tout simplement décidé de faire migrer les traders de ces activités vers celles de gestion d’actifs, selon Fox Business. Un mouvement apparemment suivi de près par de nombreuses autres banques d’affaires de Wall Street.

Si le mouvement est confirmé – Goldman n’a pas souhaité commenter l’information – il démontre une fois de plus que le législateur risque d’avoir un train de retard sur Wall Street, alors que la nouvelle régulation financière voulue par Obama va mettre des années à être mise en oeuvre, de l’avoeu même de dirigeants de banques. Ceux de Goldman Sachs ont été plutôt explicites, comme David Viniar, le directeur financier de la banque, qui s’exprimait en ces termes au cours de la conférence téléphonique sur les résultats du deuxième trimestre 2010 : « La législation a été votée et devrait être promulgué rapidement. Les règles d’application seront transcrites par les régulateurs, mais rien ne sera écrit avant probablement 15 mois, et la période de transition pour les activités devrait être longue, dans certains cas elle pourrait prendre jusqu’à 5 ans (…). Nous avons un certain nombre de personnes qui regardent tout cela. Nous évaluons tous les changements potentiels qui pourraient survenir et au fil des informations obtenues, nous prendrons les mesures appropriées, avec l’espoir d’aller encore plus vite que quiconque. »

L’information de Fox Business, qui doit encore être confirmée, montre en tout que Goldman Sachs cherche toujours à avoir un train d’avance sur le régulateur et sur le reste de l’industrie financière, histoire vraisemblablement de ne pas trop affecter sa « bottom line ».

Convictions

Même si l’idée centrale du blog est de parler d’histoires d’entreprises et de la gestion value, difficile de faire totalement abstraction de l’environnement macro-économique, ce qui explique depuis quelques semaines les comptes-rendus de réunions d’investisseurs et les commentaires plus généraux publiés.

Ce débat micro-macro est en fait très prégnant en ce moment sur les marchés, comme le montre ce papier du Wall Street Journal. Aux Etats-Unis, Alcoa a démarré la saison de publication des résultats du deuxième trimestre (avec un commentaire plutôt positif sur l’évolution de la demande d’aluminium). Tout comme Alcoa, Novellus Systems et CSX ont affiché des résultats supérieurs aux attentes, ce qui était attendu par les investisseurs.

Mais la toile de fond reste la même. Ces publications risquent de n’être qu’une distraction alors que les problèmes macro-économiques demeurent. Comme l’indiquait un analyste dans un autre papier du Journal, le plus important dans les publications, ce sont les perspectives… Vendredi dernier, Dominique Netter, présidente du comité stratégique d’allocation d’actifs de LCF Edmond de Rothschild, ajoutait que les marchés d’actions avaient de bonnes chances d’évoluer dans une fourchette étroite, plutôt que de repartir de l’avant. Elle notait en outre que le premier semestre 2010 bénéficie pour les entreprises d’une base de comparaison favorable, qui va disparaître d’ici la fin de l’année. En somme, le vrai test pour les marchés n’a pas encore été passé.

Disciple de Graham (2)

Peut-on gagner de l’argent sur les marchés et s’inscrire dans le long terme ? A priori, le fonctionnement des marchés financiers donne plus l’image d’un « casino » où la plupart des participants recherchent un gain immédiat. C’est vrai, mais il existe une minorité d’investisseurs dont le mandat consiste à accompagner sur le long terme des entreprises cotées. Lire la suite

La réforme de Wall Street avance

Après 6 mois de négociations, le Sénat américain a voté jeudi (59 pour-39 contre) le projet de loi instituant un contrôle plus étendu de Wall Street, la gestion du risque systémique par la Réserve fédérale (avec la possibilité de fermer des banques devenues toxiques) et la mise en place d’une commission en charge de protéger le consommateur américain, rapporte le Wall Street Journal.

Sénat et Chambre des Représentants doivent maintenant se mettre d’accord sur un texte commun. Le Journal souligne qu’un douzaine de points de divergence vont maintenant faire l’objet de discussions entre les deux chambres, qui espèrent trouver un accord d’ici la fin du mois de juin.

Les points de divergence portent notamment sur l’obligation faite aux banques de se séparer de leurs activités pour compte propre et de leurs activités de produits dérivés. Ces derniers devront faire l’objet d’une plus grande transparence en étant traités sur des places de marché organisées.

Un autre point de divergence porte sur la création d’un fonds de 150 milliards de dollars, financé par une taxe sur les banques, pour encadrer la mise en liquidation d’une banque devenue dangereuse pour le système financier.

De son côté, le New York Times souligne le risque que cette loi, trop focalisée sur les causes de la crise financière de 2008, laisse le système financier vulnérable à de nouvelles catastrophes. Sur le sujet, on pourra également lire un papier du Washington Post qui relate le déroulement du vote et revient sur les grands lignes de discorde entre les deux chambres.

Le vote du texte a fait l’objet d’un intense lobbying des banques, mais également de la Maison Blanche. Baseline Scenario rapporte que la Présidence américaine, forte de 1,75 million de « followers » sur Twitter, a appelé à mobiliser les sénateurs républicains pour supporter le texte promu par les Démocrates.

« It’s time for Wall St. reform that gives greater security to folks on Main Street. Call your Republican Senators today: http://j.mp/cwhtg7« 

Au final, 4 Républicains ont rejoint le camp démocrate, ainsi que deux sénateurs indépendants. Dans le même temps, 2 Démocrates ont voté contre le texte.

Encore une panique informatisée

Au début, on a mis la panique boursière de jeudi sur le compte d’un « fat finger » (un « gros doigt » en jargon boursier) ou ordre erroné d’un intervenant. La lumière semble se faire doucement. Un article du Wall Street Journal met en évidence l’influence du traitement automatisé des ordres de Bourse.

Selon l’article, une technique particulière – dénommée « Intermarket Sweep Order » (ISO) – expliquerait pourquoi en quelques minutes, des sociétés comme Procter & Gamble ou Accenture ont vu leur cours de Bourse plonger de plusieurs dizaines de pourcent. Le quotidien évoque dans le détail le cas d’Accenture, dont le titre est passé en quelques minutes de 41 à 5,34 dollars… puis à 1,84 dollar.

Les universitaires Chakravarty, Jain, Upson et Wood ont étudié l’impact de cette technique sur le traitement des ordres de Bourse. L’ISO a été introduit courant 2007 (avec l’assentiment de la SEC) pour permettre aux investisseurs institutionnels de trouver une liquidité à des niveaux de prix multiples pour traiter de grandes quantités de titres. Sa justification ? Cette technique réduit les coûts de transaction.

Chakravarty, Jain, Upson et Wood ont estimé que sur le NYSE, 21% des ordres et 23,7% des volumes traités sont labellisés « ISO ». Sur le NASDAQ, la proportion atteindrait respectivement 62,7% et 63,5% des volumes. Ceci qui peut expliquer pourquoi le système s’est emballé.

Derrière le rôle des ISO se profile le débat sur la bonne organisation des marchés de titres, évoquée dans un autre papier de Chakravarty, Jain, Upson et Wood, mais aussi sur la multiplication de nouvelles techniques de trading (trading haute fréquence, ordres flash, algorithmes, négoce de paniers de titres…).

Le débat devrait donc aller plus loin comme le suggère Zero Hedge. Selon ce blog, les promoteurs du trading à haute fréquence avançaient l’argument de la liquidité pour justifier leur utilité. Le mini-krach de jeudi a démontré, au contraire, que leur présence n’aurait fait qu’accentuer l’assèchement de la liquidité sur les marchés.

Cet incident montre également que les autorités boursières (SEC en tête, mais l’AMF est également concernée) sont impuissantes face aux banques et autres intervenants qui promeuvent ces nouvelles techniques de trading. Mais ces autorités sont-elles suffisamment équipées en personnels compétents et correctement rémunérés pour mener à bien leur mission – la protection de l’épargnant ? L’incident de jeudi montre qu’on est toujours très loin du compte.

Quand Jon Stewart évoque la réforme de la régulation financière

Quand Jon Stewart s’intéresse aux débats sur la réforme de la régulation financière américaine, et à la « créativité comptable », cela donne ceci… (à prendre avec humour bien sûr):

The Daily Show With Jon Stewart Mon – Thurs 11p / 10c
In Dodd We Trust
www.thedailyshow.com
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